Le Conte de la dernière pensée d’Edgar Hilsenrath

Le Conte de la dernière pensée, publié en 1989, a une place à part dans l’oeuvre d’Edgar Hilsenrath : si la plupart de ses romans s’inspirent, de près ou de loin, des événements historiques qui ont marqué sa vie – du quotidien dans le ghetto de Moguilev-Podolski décrit dans Nuit à l’installation en Israël au lendemain de la libération, bientôt suivie d’un autre exil en Amérique -, ce texte-ci évoque un drame tout à fait étranger : le génocide arménien de 1915.

On comprend bien, évidemment, quels rapports l’oeuvre d’Hilsenrath en général peut entretenir avec un tel sujet : lui qui a toujours écrit des textes d’une brutalité extrême destinés à lutter contre l’oubli ne pouvait qu’être interpellé par un tel sujet, non seulement pour ce qu’il a de commun avec la Shoah, thème central de ses autres romans, mais aussi en raison de son invisibilité dans l’Histoire mondiale, faute d’une véritable reconnaissance par les autorités turques et par les instances internationales.… Lire la suite

What belongs to you de Garth Greenwell

love-locks-pont-des-arts-what-belongs-to-you

A son arrivée à Sofia, le narrateur de What belongs to you est seul. Débarqué d’Amérique, il a été embauché comme professeur de littérature dans une école de la capitale bulgare. Alors qu’il parle à peine la langue, il va faire une rencontre décisive, celle du jeune et beau Mitko B.  La rencontre n’est pas vraiment le fruit du hasard, puisque c’est dans des toilettes réputées pour être un lieu de drague que le narrateur tombe sur Mitko, qui lui propose à son grand dam une relation tarifée. Trop attiré pour refuser, le narrateur s’engage alors dans une relation en pointillés qui durera plusieurs mois, une relation où l’amour le dispute à la honte et à la lâcheté.… Lire la suite

Watership Down de Richard Adams

watership down-rabbits - dessin animé

Aux éditions Monsieur Toussaint Louverture, non seulement on peut se vanter d’avoir un catalogue à peu près irréprochable, mais en plus, on sait comment allécher le lecteur à coups de teasers, d’extraits et d’aperçus des (toujours très belles) couvertures à venir. Il arrive même que ça marche trop bien puisque je n’ai pas pu résister à l’envie de lire Watership Down de Richard Adams dans sa version originale, avant même que sa nouvelle traduction soit publiée par l’éditeur bordelais le 15 septembre. Il faut dire, avec les arguments de cette brochure, comment résister ?

Me voilà donc parti à la découverte de ce best-seller mondial méconnu en France, qui a peut-être souffert d’une première traduction mal orientée, ou bien de son ambivalence – de son statut de roman d’aventure mettant en scène des petits lapins, qui n’a rien cependant d’un roman pour enfants… Car si les grandes lignes du récit – un groupe de héros décide de quitter sa garenne, pourtant fort bien organisée et hospitalière, suite au pressentiment funeste de Fiver (Fyveer dans la nouvelle traduction), le Cassandre de la bande, et afin de s’établir dans une prairie plus verte – ont tout du gentillet récit d’aventures animalières, il ne faut pas longtemps pour réaliser que Richard Adams s’adresse à un public tout ce qu’il y a de plus mature.… Lire la suite

Malicroix d’Henri Bosco

scooby-doo - malicroix - bosco

De mon grand-oncle Malicroix je n’attendais rien. D’ailleurs, jamais personne n’avait rien attendu de lui. Nul ne l’avait rencontré depuis un demi-siècle. Terré en Camargue sur ses maigres terres, il incarnait pour nous la sauvagerie même. Ni bon, ni méchant, mais seul; c’est-à-dire inquiétant et peut-être terrible. Toutefois, séparés de lui par ce demi siècle d’absence sans rupture, nous n’avions jamais éprouvé la malfaisance de ces qualités redoutables dont notre imagination le parait. Il nous ignorait avec une sorte de mépris. Très magnifiquement il s’appelait Cornélius de Malicroix, et il était pauvre. Du moins on le disait. Son train de vie au milieu des étangs, en compagnie de quelques pâtres aussi durs et aussi sauvages que lui, pouvait le laisser croire, et on le croyait; car riche, eût-il vécu de cette vie farouche, et chichement, dans ce pays de la tristesse?

Lire la suite

Comment je suis devenu stupide de Martin Page

calvin & hobbes -tv- comment je suis devenu stupide

Antoine, vingt-cinq ans, a tout pour s’épanouir. Fraîchement sorti de ses études, avec en poche un diplôme d’araméen, de biologie et de cinéma, il est entouré d’amis brillants et créatifs. Plutôt du genre à papillonner, il vogue de passions en hobbies, et ses capacités intellectuelles lui permettent d’appréhender un panel de sujets qui va – en gros – de la physique atomique à la peinture sur soie au XVIIIe siècle en passant par l’hydrographie des toundras sibériennes. Il ne lui resterait plus qu’à entrer du bon pied dans la vie active et, peut-être, trouver quelqu’un avec qui partager sa vie pour être tout à fait comblé.… Lire la suite

Dans la jungle d’Agnes Vannouvong

Vietnam_Mekong_Delta_1 - dans la jungle

Dans la jungle thaïlandaise, May chemine. Dans les pas de Say, son guide, elle accomplit un pèlerinage tout ce qu’il y a de plus personnel. Son passé s’inscrit doublement dans ce paysage qu’elle n’a pourtant jamais vu. Ce voyage, elle le fait d’abord pour Stéphane, l’ami de toujours décédé quelques temps plus tôt au cours d’un trek et dans des circonstances troubles. Mais la Thaïlande est aussi son pays d’origine, celui où elle a vu le jour et celui où sa mère a longtemps vécu.

Au fil de la marche mille souvenirs émergent, du goût de Stéphane pour la solitude aux réminiscences de l’enfance, en passant par les années troublés, au Laos , qui précédèrent la naissance de May.… Lire la suite

L’Hippo d’Amérique de Jon Mooallem

Hippos fantasia - l'hippo d'amérique - mooallem

Une sérieuse pénurie de viande touchait l’Amérique à cette époque. Les prix du boeuf avaient explosé à la suite du ravage des terres d’élevage par le surpâturage. L’industrie en crise peinait à satisfaire la faim de villes à la démographie galopante en raison de vagues successives d’immigrés, et d’une demande croissante de viande à l’exportation. Il y avait plus de bouches à nourrir que jamais, mais le cheptel bovin du pays perdat chaque année des millions de têtes. On envisageait à voix basse l’idée de manger du chien.

Cette grave crise de la production alimentaire aux Etats-Unis, évoquée au début de l’Hippo d’Amérique, n’est pas si éloignée de nous : commençant sous le mandat de Theodore Roosevelt et atteignant son paroxysme en 1910, elle laisse l’administration fédérale désemparée.… Lire la suite

Les Fondamentaux de l’aide à la personne revus et corrigés de Jonathan Evison

fondamentaux de l'aide à la personne revus et corrigés - evison - little miss sunshine

Sorti fin mars, Les Fondamentaux de l’aide à la personne revus et corrigés, petit dernier de chez Monsieur Toussaint Louverture, avait tout l’air d’être à part dans le génial catalogue de la maison d’édition bordelaise. Imaginez : on murmure sur la blogosphère et ailleurs qu’il s’agirait d’un feel-good book… Un de ces machins collants et mièvres, à l’intersection du développement personnel et de la littérature ? Pas possible ! Chez Monsieur Toussaint Louverture on est plutôt, habituellement, dans le camp de la thérapie par les électrochocs, et pas du genre à faire de gentils massages aux huiles essentielles au pauvre petit lecteur fatigué.… Lire la suite

Épépé de Ferenc Karinthy

brueghel - tour de babel - épépé

Alors qu’il monte dans l’avion qui doit l’emporter à Helsinki, où il se rend à un congrès de linguistes, Budaï ne peut guère imaginer qu’il se réveillera, quelques heures plus tard, dans un pays inconnu, qu’il se révèle incapable d’identifier, et où tous les habitants parlent une drôle de langue qui ne lui rappelle aucune de celles qu’il parle – lesquelles incluent tout de même le hongrois, l’anglais, le français, l’espagnol, l’allemand, pas mal de russe, d’italien, de latin, sans compter toutes celles qu’il baragouine plus ou moins.

Budaï s’est-il trompé d’avion, y a-t-il eu un malentendu, s’est-il présenté au mauvais terminal ?… Lire la suite

The Wallcreeper de Nell Zink

wallcreeper - zink

Tout commence avec l’apparition d’un oiseau : un tichodroma muraria, un wallcreeper en anglais, petit oiseau gris et rouge qui ne se rencontre – rarement – que dans les massifs montagneux d’Europe. Stephen, tout à sa joie d’en avoir trouvé un, en oublie presque qu’il vient d’avoir à cause de lui un accident de la route et que Tiffany, sa femme, est à moitié inconsciente dans la voiture.

Drôle de couple pour qui le tichodrome – blessé, recueilli avec forces précautions et nommé Rudi – deviendra un temps en enfant de substitution, un objet d’attention commun qui leur permet enfin de se retrouver.… Lire la suite