Trois jours et une vie de Pierre Lemaitre

tempete 1999 - lemaitre - trois jours et une vie

Deux ans et demi après son Goncourt, et alors qu’il a annoncé qu’il préparait une suite à Au revoir là-haut – lequel sera bientôt adapté au cinéma -, revoilà Pierre Lemaitre avec un petit roman qui divise ses fans : retour en forme à ses amours d’antan ou texte bâclé pour occuper le terrain ?

Ne faisant pas partie des inconditionnels de l’auteur, je ne saurais dire comment se positionne Trois jours et une vie par rapport aux précédents polars de Lemaitre. Par rapport à Au revoir là-haut, en tout cas, c’est évidemment le jour et la nuit : exit le grand roman historique sur les répercussions de la Première Guerre Mondiale, voilà un bref roman psychologique sur le jeune Antoine, une douzaine d’années, qui tue par accident le fils des voisins, Rémi.… Lire la suite

Je me souviens de l’imperméable rouge que je portais l’été de mes vingt ans de Lydia Flem

Je me souviens de l'imperméable rouge que je portais l'été de mes vingt ans - flem - corset

Quand j’ai reçu à la bibliothèque Je me souviens de l’imperméable rouge que je portais l’été de mes vingt ans, dont j’avais entendu de bons échos, je l’ai feuilleté distraitement, ai picoré de-ci de-là quelques fragments, et l’ai remisé aussitôt dans un coin, en me disant qu’il était n’était sans doute pas très utile de lire un petit bouquin qui ne faisait que reprendre strictement le principe des Je me souviens de Perec. Certes, le texte de Perec reste inépuisable et il constitue un modèle qu’il est très facile et amusant de s’approprier (c’est même un exercice fort pratique pour travailler l’autobiographie avec des élèves de troisième) ; mais de là à en faire des livres…

Comme je suis tout de même un peu curieux, j’ai fini par me pencher un peu plus sérieusement sur le cas de ce nouveau Je me souviens, désireux de comprendre peut-être ce qui lui valait tant d’éloges.… Lire la suite

Dingley, l’illustre écrivain de Jean et Jérome Tharaud (Prix Goncourt 1906)

petit journal - transvaal - dingley, l'illustre écrivain

A chaque fois que je vois un roman écrit à quatre mains (ou plutôt à deux, à moins d’avoir deux ambidextres) je me gratte la tête en me demandant comment une telle chose est possible. Pour les frères Tharaud, la recette était pourtant simple, semble-t-il : l’un écrivait le premier jet, l’autre fignolait et se préoccupait plus particulièrement du style. Et cela marchait plutôt bien pour eux puisque, non contents d’avoir reçu le prix Goncourt en 1906 pour leur troisième roman, ils furent plus tard reçus à l’Académie Française – non sans difficultés puisqu’on ne peut évidemment pas nommer deux personnes sur un seul fauteuil ; Jérôme y entra en 1938, et Jean dut attendre la fin de la guerre pour le rejoindre enfin, en 1946.… Lire la suite

Anguille sous roche d’Ali Zamir

anguille sous roche - ali zamir - grand trip

Privilégié, pour une fois, je lis un texte bien avant sa sortie en librairies. C’est que Frédéric Martin et ses collaborateurs du Tripode croient tellement à Anguille sous roche, premier roman du Comorien Ali Zamir, qu’ils ont imaginé rien que pour lui un dispositif promotionnel tout neuf, le Grand Trip. Pour une somme tout à fait modique, les participants à cette opération recevront en 2016 deux romans du Tripode en avant-première. Anguille sous roche est le premier, donnant lieu à un tirage spécifique, reçu en mars pour une sortie en librairies en septembre.  Une belle idée qui met les lecteurs fidèles au coeur de la démarche du Tripode, et permet d’espérer, du côté de ma maison d’édition, un bouche à oreille favorable avant même la sortie du livre.… Lire la suite

La Maison dans laquelle de Mariam Petrosyan

La Maison Dans Laquelle - mariam petrosyan - dos

Car la Maison exige une forme d’attachement mêlé d’inquiétude. Du mystère. Du respect et de la vénération. Elle accueille ou elle rejette, gratifie ou dépouille, inspire aussi bien des contes que des cauchemars, tue, fait vieillir, donne des ailes… C’est une divinité puissante et capricieuse, et s’il y a bien quelque chose qu’elle n’aime pas, c’est qu’on cherche à la simplifier avec des mots. Ce genre de comportements se paie toujours. Voilà, maintenant que vous êtes prévenus, on peut continuer à discuter.

Je le paierai, cet article, puisque je m’apprête à essayer de mettre en mots cette Maison dans laquelle dont je viens tout juste de sortir, encore incertain quant à ce que j’y ai découvert, encore mal assuré quant à la façon de l’expliquer à ceux qui n’ont pas fréquenté ses couloirs obscurs.… Lire la suite

Les Civilisés de Claude Farrère (Prix Goncourt 1905)

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Rude bataille que la campagne pour le Goncourt 1905 ! Imaginez, nous sommes le 8 décembre et pour ce troisième prix, les jurés vont devoir départager des noms aussi prestigieux, aussi inoubliables que Bernard Taft et Marcel Batilliat, et choisir parmi des oeuvres aussi illustres que les Amours de M. Le Tigre et de Mlle Coquelicotle Livre de la Houle et de la Volupté ou encore la Philosophie galante de M. de Valcourt*. Il y avait tellement de beau monde en lice, en cette année 1905, que les Goncourt ont même dû éjecter de leur sélection Romain Rolland – qui s’en sortira avec le prix la Vie heureuse (futur prix Fémina) pour Jean-Christophe.… Lire la suite

Outre-terre de Jean-Paul Kauffmann

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7 février 1807. Dans la plaine d’Eylau, située dans l’actuel oblast de Kaliningrad, enclave russe au sud des pays Baltes, 65.000 hommes s’apprêtent à livrer bataille sous les ordres de Napoléon. Face à eux, l’armée russe – soutenue par quelques régiments de l’armée prussienne-, commandée par le général Von Benningsen, aligne 70.000 hommes.

L’affrontement qui va suivre est un des épisodes les plus meurtriers des guerres napoléoniennes. Pas aussi mémorable que Waterloo ou que la débâcle de la campagne de Russie, deux évènements qu’elle préfigure pourtant selon certains historiens, la bataille d’Eylau fait environ 5000 morts dans la Grande Armée, entre 7000 et 9000 chez les Russes. Lire la suite

Le Mur de Planck (tome 1) de Christophe Carpentier

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Une fois n’est pas coutume, j’avais envie de commencer ce billet par le simple copier-coller du résumé du Mur de Planck proposé par l’éditeur (P.O.L.)  sur son site. Vous comprendrez vite pourquoi :

L’homme a de tous temps construit des murs pour se protéger des invasions guerrières ou des fléaux naturels. Par-delà ces ouvrages en dur, dont la plupart n’ont pu résister aux vicissitudes de l’histoire, il en existe un qui, parce qu’il n’est pas fait de matière, est demeuré à ce jour infranchissable. Il s’agit du Mur de Planck. Cet édifice théorique qui protège les mystères de la naissance de l’univers, aucun mathématicien, aucun astronome n’est encore parvenu à le franchir.Quoiqu’il en soit, et loin des théories physiques et quantiques, le samedi 2 avril 2016, Marvin Taylor assassine 10 obèses réunis pour un barbecue dans la petite ville de Long Cross au Texas.

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Dispersez-vous, ralliez-vous ! de Philippe Djian

Je suis frigide pourquoi (1) - dispersez-vous ralliez-vous

J’ai découvert Philippe Djian avec Oh…, un curieux roman plein de vides sur une femme qui noue une relation amoureuse avec l’homme qui l’a violée. Sceptique face au style très sec de Djian, un brin gêné aussi par cette intrigue (dont l’adaptation au cinéma par Verhoeven, avec Isabelle Huppert, est sortie ces derniers jours), je n’étais guère allé plus loin. Je retrouve en ce début d’année Philippe Djian avec, à nouveau, un roman dont le personnage principal est une femme dont la vie amoureuse et sexuelle est au centre de l’attention.

Dans Dispersez-vous, ralliez-vous ! (le titre vient de Rimbaud, sans que cela semble avoir une quelconque incidence), on suit Myriam qui, à peine majeure, épouse Yann, la quarantaine, pour le plus grand désarroi de son père qui refuse de la revoir et la chasse.… Lire la suite