Les cosmonautes ne font que passer d’Elitza Gueorguieva

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Pourquoi les parents choisissent-ils de s’enfermer tous les soirs dans la salle de bains, avec tous les robinets ouverts, pour discuter ? Pourquoi le père Gel a-t-il soudain été remplacé par le Père Noël ? Qu’est-ce qu’un vrai communiste ? Une petite fille peut-elle devenir Iouri Gagarine ? Et pourquoi Constantza, qui a de la famille en Grèce, a-t-elle de vraies Barbie au lieu des jouets habituels ?

Ces questions, et mille autres à leur suite, la narratrice de Les Cosmonautes ne font que passer, le premier roman très autobiographique d’Elitza Gueorguieva, ne cesse de se les poser. Avec une fausse naïveté mais un vrai sens de la dérision, Elitza Gueorguieva replonge dans son enfance pour raconter la vie en Bulgarie dans les années qui ont précédé la Chute du Mur, et celles qui ont directement suivi.… Lire la suite

Danse d’atomes d’or d’Olivier Liron

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Quand O. rencontre Loren, il sait d’emblée que leur histoire sera, d’une manière ou d’une autre, de celles qui ne laissent pas indemne. Il n’est pas franchement à son avantage lorsqu’elle débarque dans une soirée qu’il passe chez des amis, en plein milieu d’une partie de jeu du post-it – si ça ne vous dit rien, pensez à cette scène d’Inglorious Basterds, où chacun doit deviner l’identité du personnage dont le nom est écrit sur une carte que l’on colle sur le front. Il a presque l’air crétin avec son post-it au nom d’Orphée collé sur le sien ; et il ne comprend même pas que Loren lui donne un indice en se collant elle-même un post-it au nom d’Eurydice.… Lire la suite

Continuer de Laurent Mauvignier

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Au départ, il y a un réveil brutal. Émergeant de leurs tentes igloo plantées dans la terre rocailleuse des montagnes du Kirghizistan, Samuel et Sibylle se retrouvent face à un groupe d’hommes des plus menaçants. La mère et le fils remballent toutes leurs affaires à la hâte, espérant qu’une fois montés sur leurs chevaux, ils pourront échapper aux regards et aux questions pressantes de ces inconnus aux intentions douteuses.

Au départ, donc, on est en terre tout à fait inconnue. Le Kirghizistan, qu’on essaye de placer vite fait sur une carte mentale – sans doute pas bien loin des autres pays en -stan, pas très loin de la Chine non plus, voilà -, qu’on essaye de visualiser – ça doit être pelé, des montagnes abruptes et des glaciers, bon -, c’est le dépaysement assuré.… Lire la suite

L’innocent de Christophe Donner

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Voici Christophe. Christophe est fils de grands bourgeois, avec une maman psychanalyste qui aime bien mettre son fils sur le divan et faire avec lui des sorties hautement culturelles pour faire de lui un petit singe savant. Christophe va bien, jusqu’à un certain point. Il adore sa mère, comme une sainte ou un ange. Puis vient l’adolescence.

L’adolescence, et son cortège d’émois. Maman n’est plus tout à fait la même personne, et Christophe s’en détache d’ailleurs presque totalement, ainsi que de son père qui ne le comprend guère. Christophe découvre les joies de la masturbation, et s’y adonne à chaque fois qu’il en a l’occasion, jusqu’à dix fois par jour si ce n’est plus.… Lire la suite

Le Garçon de Marcus Malte

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A peine sorti de l’enfance, le Garçon de Marcus Malte doit tout laisser derrière lui. Tout, c’est-à-dire rien, ou presque : sa mère, décédée presque dans ses bras, la pauvre hutte qu’ils ont toujours habitée au fin fond d’une quelconque forêt du sud de la France, une poignée de poules. Tournant le dos au brasier qu’il vient d’allumer, le garçon le sent, comme une évidence : il doit découvrir le monde, trouver ses semblables, lui qui n’a jamais vu d’autre homme à l’exception d’un ou deux colporteurs égarés. A moitié sauvage, muet, évidemment illettré, il fait son apparition après un bref périple dans la cour d’un corps de ferme dont les habitants vont l’adopter, si on peut parler d’adoption et non d’exploitation – car s’il doit être une bouche à nourrir, il sera aussi un souffre-douleur, lui qui ne rechigne à aucune tâche et se révèle une aide inestimable.… Lire la suite

Peau-en-poil d’Alain Galan

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« Que devient la vie après la mort ? »

C’est la question qui anime Lucas, alors encore jeune homme, lorsqu’il découvre les secrets de la taxidermie. Lui dont le plus fidèle compagnon fut, pendant son enfance, un geai apprivoisé qui trône maintenant, empaillé, dans la salle à manger familiale, a forcément un rapport particulier aux animaux et au vivant en général. Initié, l’année de ses seize ans, à « l’étrange magie » de cet artisanat pas comme les autres par l’homme qui a immortalisé son geai, Lucas se passionne pour les diverses techniques de tannage et de moulage nécessaires, entre autres, pour donner l’apparence de la vie à la dépouille d’un animal, pour ranimer la « peau-en-poil », terme qui désigne la peau et le pelage une fois qu’ils ont été séparés du corps de la bête.… Lire la suite

Patient zéro de Philippe Besson

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Depuis le début de l’année, la collection Incipit, portée par les éditions Prisma, se propose d’inviter des auteurs connus pour évoquer des premières fois. Non pas, nécessairement, des premières fois personnelles, mais des points de bascule historiques, des avancées symboliques ou des bonds technologiques. On a ainsi vu passer un titre sur l’invention du bikini écrit par Eliette Abecassis et un texte sur la première femme élue à l’Académie Française par François Bégaudeau, tandis que son prévus pour la rentrée des évocations du premier métro et du premier macaron. Philippe Besson, quant à lui, signe sans doute le volume le plus dramatique de cette charmante collection, en retraçant dans Patient zéro les origines de l’épidémie mondiale de SIDA.… Lire la suite

L’Armoire de Pierre Bourgeade

armoire - narnia

De l’autre côté du mur, c’était la liberté. Il se levait la nuit, il ouvrait la fenêtre, il regardait vers l’Ouest. Mais la maison qu’il habitait n’était pas assez haute pour qu’il pût voir de l’autre côté du Mur. C’était un vieil immeuble de briques que la plupart de ses habitants avaient abandonné, ou dont ils avaient été chassés car, régulièrement, la police passait et emmenait des gens, sans qu’on sût pourquoi, vers une destination inconnue. Le Mur était fait de béton. Il était hérissé de barbelés. Tous les cinq cents mètres se dressait, adossé au Mur, un mirador, où se tenaient des guetteurs armés de fusils et de mitrailleuses.

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Les Temps difficiles d’Edouard Bourdet

temps difficiles bourdet - décor de michel fresnay

On ne joue plus beaucoup les pièces d’Edouard Bourdet. Dramaturge, metteur en scène, administrateur de la Comédie Française pendant quatre ans juste avant la Seconde Guerre Mondiale – il quitta ses fonctions à l’avènement du régime de Vichy -, il fut pourtant un important homme de théâtre de la première moitié du vingtième siècle, pas si loin de Claudel ou Giraudoux qui figurent parmi ses amis les plus chers.

Si j’en crois ma lecture des Temps difficiles, joué pour la première fois en 1934, il ne faut pas chercher très loin les raisons d’un tel revirement : le théâtre de Bourdet a indéniablement vieilli.… Lire la suite