La Baleine thébaïde de Pierre Raufast

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Cela fait déjà un moment que Pierre Raufast a séduit la blogosphère, avec ses deux premiers romans aux titres intrigants et qui claquent sous la langue, La Fractale des raviolis et la Variante chilienne. On y vante régulièrement sa loufoquerie, son esprit d’escalier, sa poésie douce et lucide… Raufast était de retour à la rentrée de janvier avec un troisième roman qui a encore une fois les honneurs des blogs, et qui disposait d’un argument de poids pour me faire sauter le pas : la mention en titre d’une énigmatique baleine

Cette baleine, qui sert dès le départ de moteur au récit, n’est certes pas comme les autres : nommée « baleine 52 » en référence à la fréquence unique, en kilohertz, sur laquelle elle module son chant, elle est observée depuis quelques années par la communauté scientifique, interpellée aussi son comportement inhabituel.… Lire la suite

Arrête avec tes mensonges de Philippe Besson

arrete avec tes mensonges - illustration - brokecback mountain

À dix-sept ans, Philippe Besson vit son premier amour. C’est affreusement banal, un premier amour. La maladresse, l’emballement, la fougue, les hésitations, la rupture quasi inévitable. Ça l’est un peu moins quand on a grandi à la campagne dans les années 80 et qu’on se découvre homosexuel.

Philippe et Thomas se reconnaissent presque d’instinct, sans même se parler. Philippe a un faible pour Thomas mais n’ose espérer que ce garçon mutique puisse un jour lui adresser la parole. C’est pourtant à l’initiative de Thomas que commence une relation passionnée mais forcément dissimulée, et qui souffrira beaucoup de l’incapacité de Thomas à accepter sa propre homosexualité.… Lire la suite

Celui qui est digne d’être aimé d’Abdellah Taïa

Abdellah-Taia - celui qui est digne d'être aimé

Ahmed a 40 ans, et il a tout raté. Pourtant, il a longtemps cru que sa vie à Paris, son pedigree universitaire, sa vie sexuelle sans attaches étaient le signe de la plus grande des réussites. Mais quand sa mère meurt, au pays, et qu’il ne peut se rendre à son chevet, il réalise qu’il est temps de régler ses comptes. Avec sa mère, avec ses frères et soeurs, avec ses origines modestes et son sentiment de les avoir trahies, mais aussi avec son incapacité à se fixer qui le pousse à mentir aux hommes qu’il rencontre.

La vie d’Ahmed, nous la découvrirons à rebours, au gré d’une série de lettres échangées avec ses anciens amis et amants.… Lire la suite

Sangs de Mika Biermann

sangs - biermann - illustration shining

Ca commence comme un roman familial des plus classiques : Janet Anderson, entre la confection d’un gâteau d’anniversaire et deux courses, contemple ses deux enfants, Elvis et Béatrice, et s’étonne de leurs différences – l’un aussi timide et discret que l’autre est turbulente et aventureuse. Instantanés de la vie domestique pour un tableau presque parfait, immaculé : celui de la famille américaine cliché, des « WASP » bien sous tous rapports.

C’est sans compter sur une ombre au tableau : Jeff, le mari, a disparu depuis cinq mois. Parti retrouver une maîtresse dans un Etat voisin, ou dilapider les économies de la famille sur une île des Caraïbes ?… Lire la suite

La vie automatique de Christian Oster

la vie automatique - oster - illustration mécanique montre

Je m’intéresse davantage à ce qui va se passer, ai-je dit, quoique modérément, mais je m’y intéresse.

La phrase n’est pas anodine : quand le narrateur de la Vie automatique la prononce, il ne se doute en aucun cas que, dix pages plus loin, il aura mis fin à sa promenade du côté de la porte d’Orléans pour se rendre à Roissy, acheté un billet pour le Japon et pris place dans un avion pour suivre Charles, le fils de la vieille dame qui l’héberge depuis quelques jours. Ce qui va se passer, c’est l’énigme continuelle qui agite la Vie automatique, le dix-huitième roman de Christian Oster.… Lire la suite

Hector d’Antoine de Montchrestien

Tout comme Scédase d’Alexandre Hardy, le Hector de Montchrestien figure dans le premier volume de l’anthologie du Théâtre du XVIIe siècle de la Pléiade. Ecrit et joué la même année, en 1604, Hector est d’un abord plus facile, la langue semblant moins vieillie, mais se révèle rapidement bien plus archaïque dans la façon d’envisager l’art de la scène.

Si l’on s’intéresse à l’histoire du théâtre, cela ne manque pas d’intérêt : on pourra notamment relever le rôle très important du chœur, qui évoque encore fortement le modèle antique dont s’éloignera le théâtre baroque puis classique. On pourra aussi trouver étonnant de voir Montchrestien adopter si fermement le point de vue des Troyens, faisant notamment du grec Achille un méprisable traître quand on est plutôt habitué à le voir traité en héros. … Lire la suite

Carnet d’un imposteur de Hugo Horiot

Carnet d'un imposteur_7497Le premier livre de Hugo Horiot, l’Empereur c’est moi, avait rencontré un certain succès en 2013 en raison de l’étrange histoire qu’il racontait : celle d’un garçon autiste, muet jusqu’à ses six ans, profondément gêné dans ses relations avec les autres, qui était parvenu à se transformer au prix d’un grand effort sur lui-même et d’un changement de prénom en un adulte raisonnablement sociable, et comédien par-dessus le marché.

Cette histoire, qui est bien celle de Hugo Horiot, est à nouveau mise en scène dans Carnet d’un imposteur, de l’enfance à l’arrivée sous le feu des projecteurs et donc des critiques, qui trouvent bien étrange qu’un autiste puisse sembler si à l’aise dans le monde et devant les caméras – l’occasion de démentir quelques idées reçues sur l’autisme.… Lire la suite

Scédase ou l’hospitalité violée d’Alexandre Hardy

Avant Corneille, avant Racine, il y eut Hardy. Si on ne lit plus beaucoup ce dramaturge auteur de plus de 600 pièces (dont une trentaine seulement a été conservée), si on le joue encore moins, c’est surtout parce que sa langue, nourrie de tournures à l’antique et d’effets de syntaxe qui déroutent le lecteur contemporain, est bien plus difficile que celle de ses successeurs de l’âge d’or du théâtre classique.

Scédase, courte pièce en cinq actes inspirée d’un chapitre de Plutarque évoquant le viol de deux jeunes femmes par des nobles Spartiates qu’elles ont accueillis conformément aux principes de l’hospitalité, commence d’ailleurs bien difficilement.… Lire la suite

Icare au labyrinthe de Lionel-Edouard Martin

icare au labyrinthe - illustration - carte

Ils sont deux, lancés sur un road trip qui les emmènera de Paris à l’Auvergne en passant par la Touraine et le Poitou. Deux personnages bien trempés, bien différents aussi : entre la jeune et blonde Palombine, effrontée et taquine, et le narrateur, un romancier et poète confidentiel et souvent en proie au doute, qui ressemble fort à Lionel-Edouard Martin, rien de commun ou presque. Ils se connaissent d’ailleurs à peine, mais quelles meilleures conditions qu’un voyage en voiture de plusieurs centaines de kilomètres, émaillé de haltes dans les restaurants de bord de nationale, pour découvrir l’autre ?

Dans Icare au labyrinthe, road-trip dominé par les dialogues entre Palombine et l’auteur, on se déplace aussi bien sur les routes de France que dans le temps, le parcours étant borné par des lieux marquant l’évolution du narrateur – du village de sa grand-mère aux maisons de campagne de certains proches amis.… Lire la suite

Refuges de Léon-Paul Fargue

refuges - leon paul fargue - illustration moulin rouge

Au terme de sa vie, Léon-Paul Fargue ajouta à son imposante bibliographie, essentiellement composé de recueils de poésie, une poignée de petits ouvrages, entre la chronique et l’essai, parmi lesquels figurent deux livres de souvenirs sur Paris : le Piéton de Paris et Refuges.

Fargue, né en 1876 est évidemment un témoin privilégié pour explorer le Paris bohème de la première moitié du vingtième siècle. Lui qui fut un familier de Mallarmé et un grand ami de Ravel, qui était en train de déjeuner avec Picasso quand il fut frappé de l’attaque qui le laissa hémiplégique jusqu’à sa mort, a mille anecdotes à conter à la fois sur Paris et sur ses habitants les plus notoires.… Lire la suite