Dispersez-vous, ralliez-vous ! de Philippe Djian

Je suis frigide pourquoi (1) - dispersez-vous ralliez-vous

J’ai découvert Philippe Djian avec Oh…, un curieux roman plein de vides sur une femme qui noue une relation amoureuse avec l’homme qui l’a violée. Sceptique face au style très sec de Djian, un brin gêné aussi par cette intrigue (dont l’adaptation au cinéma par Verhoeven, avec Isabelle Huppert, est sortie ces derniers jours), je n’étais guère allé plus loin. Je retrouve en ce début d’année Philippe Djian avec, à nouveau, un roman dont le personnage principal est une femme dont la vie amoureuse et sexuelle est au centre de l’attention.

Dans Dispersez-vous, ralliez-vous ! (le titre vient de Rimbaud, sans que cela semble avoir une quelconque incidence), on suit Myriam qui, à peine majeure, épouse Yann, la quarantaine, pour le plus grand désarroi de son père qui refuse de la revoir et la chasse.… Lire la suite

Monologues de la boue de Colette Mazabrard

Photo de Raymond Depardon - monologues de la boue

Nuit. Passé le village des sources de la Saône, évité l’orage. Les vachettes broutent et pètent. Un chevreuil, lui aussi, vient paître l’herbe épaisse. Les tiges poussent. Les nuages préparent la pluie.

Dans la forêt, tu déranges la belette à la blanche poitrine.

La pluie redonne à la forêt sa sombre lumière calme, la compagnie retrouvée des limages. Lecture à l’abri, sur le banc de pierre de la chapelle à la Vierge bleue.

Entre le Pas-de-Calais et la Belgique, entre Verdun et Commercy,  entre Oviedo et Saint-Jacques de Compostelle, une femme marche. Sans réel but, sans réelle motivation. Trois marches pour trois saisons – trois étés successifs- qui, à chaque fois, projettent cette femme dans les marges.… Lire la suite

Poésie du gérondif de Jean-Pierre Minaudier

Les Monty Python et la difficulté des déclinaisons latines - image de la Vie de Brian - Poésie du gérondif

J’avais déjà croisé Jean-Pierre Minaudier aux éditions du Tripode comme traducteur de l’Homme qui parlait la langue des serpents. Déjà, à l’époque, je m’étais fait la réflexion qu’être traducteur depuis l’estonien n’était pas banal – tout en me disant que peut-être, un jour, j’apprendrais cette langue pour lire le merveilleux roman de Kivirähk dans le texte.

De fait, Jean-Pierre Minaudier est un personnage tout sauf banal à en croire Poésie du gérondif, petit essai consacré à sa passion : les grammaires des langues du monde. N’entendez pas par là que Jean-Pierre Minaudier est un polyglotte d’exception. Humblement, il reconnaît ne maîtriser que trois ou quatre langues.… Lire la suite

La Maternelle de Léon Frapié (Prix Goncourt 1904)

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Il y a quelques semaines je vous ai parlé de Force ennemie de John-Antoine Nau, premier roman à recevoir le prix Goncourt. C’était en décembre 1903, et c’était déjà un grand évènement scruté par tous les organes de presse. Aujourd’hui je vous propose d’avancer un an, au 7 décembre 1904, le jour où Léon Frapié reçut à son tour le Goncourt pour la Maternelle.

Contrairement à John-Antoine Nau, Frapié n’en est pas à son coup d’essai. Si c’est bien la Maternelle qui lui valut de devenir célèbre (440.000 exemplaires s’en seraient écoulés, ce qui en fait un succès comparable à ceux des Goncourt d’aujourd’hui), il s’agit de son troisième roman.… Lire la suite

Brooklyn de Colm Tóibín

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Début des années 50. Eilis Lacey, fille cadette d’une modeste famille installée dans une ville moyenne d’Irlande, a bien du mal à trouver du travail. Ce n’est faute ni de chercher, ni de qualifications, mais les bonnes places sont rares. Lorsque le père Flood, vieil ami de la famille, revient des Etats-Unis pour quelques semaines, sa mère et sa soeur s’entendent : Eilis doit partir à New-York, où elle a plus de chances de réussir sa vie qu’en restant en Irlande. Le père Flood lui promet tout à la fois un travail dans un grand magasin et un toit, chez Mme Kehoe, une femme austère mais bienveillante.… Lire la suite

Le Cahier noir d’Olivier Py

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Qui n’a pas écrit un petit quelque chose entre quinze et dix-huit ans ? Une poignée de poèmes jetés au fond d’un tiroir, une nouvelle hâtive couchée sur quelques feuillets volants, une pièce de théâtre pour les plus ambitieux… On retrouve généralement ces oeuvres de jeunesse des années plus tard, un peu honteux, et après avoir hoqueté un rire attendri pour la personne qu’on était autrefois, on les bazarde sans guère de scrupules. Mais pas Olivier Py. Lui, de ses écrits de jeunesse, a sauvé un petit roman, écrit l’année de ses dix-sept ans avec une énergie et une intensité peu communes dans un cahier noir.… Lire la suite

Les Sangs d’Audrée Wilhelmy

Barbebleue

Les contes de notre enfance se prêtent à toutes les contorsions, à toutes les réécritures. Dans Les Sangs, Audrée Wilhelmy jette son dévolu sur Barbe-Bleue, conte fascinant s’il en est, que même les versions les plus enfantines peinent à édulcorer. Quel que soit l’angle sous lequel on le regarde, Barbe-Bleue reste une histoire des plus sanglantes, dont l’enseignement reste ambigu, et qui semble faire du mariage et de la sexualité quelque chose de foncièrement effrayant voire sanglant.

Les Sangs adopte un point de vue inhabituel pour raconter une nouvelle fois cette histoire inusable : celui des six femmes de Barbe-Bleue qui précèdent celle qui est habituellement l’héroïne du conte.  … Lire la suite

Mislaid de Nell Zink

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Lorsque Lee et Peggy se rencontrent en 1966 sur le paisible campus de Stillwater College, une université qui n’accueille au bord du lac artificiel auquel elle doit son nom que des jeunes filles, c’est quasiment le coup de foudre. Ni l’un ni l’autre n’utiliserait ce terme – trop romantique pour ces deux esprits pratiques et presque cyniques. Mais il leur faut bien reconnaître que quelque chose se passe entre eux. Ce qui est fâcheux, puisque Lee est enseignant tandis que Peggy est étudiante. Doublement fâcheux même, puisque Lee est gay et Peggy lesbienne.

Drôle de commencement donc, mais admettons. Lee et Peggy vivent, pendant un mois ou deux, une sorte d’improbable lune de miel.… Lire la suite

Yes Please d’Amy Poehler

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Si vous n’avez pas visionné l’intégralité de Parks and Recreation, la série qu’Amy Poehler a mené tambour battant pendant sept ans, vous ne pouvez sans doute pas comprendre les attentes que peut susciter Yes please. Peut-être même ne savez-vous pas qu’Amy Poehler est purement et simplement une des personnes les plus drôles du monde. Auquel cas je ne peux que vous conseiller de fermer cette page – vous y reviendrez plus tard, je vous fais confiance –  et de courir combler cette terrible lacune dans votre culture télévisuelle.

Si vous faites partie de ceux qui se sont régalés des tribulations de Leslie Knope, vous pouvez en revanche sans doute comprendre mon excitation au moment d’entamer ce memoir que l’Observer a considéré comme « Wickedly funny and razor sharp » d’après un macaron sur sa couverture.… Lire la suite