Malavita de Tonino Benacquista

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Dès les premières lignes de Malavita, on le pressent : la violence couve, prête à surgir dans le récit de l’installation de la famille Blake, Américains expatriés, dans un petit village de Normandie, Cholong-sur-Avre.  Car si l’on ne sait rien d’eux que leur apparente normalité – un couple, Maggie et Fred ; deux enfants adolescents, Belle et Warren ; une chienne un peu âgée, Malavita -, leur emménagement suscite dès le départ la curiosité. Il ne s’agit d’ailleurs pas d’emménager, mais de « prendre possession » de la maison, comme un débarquement fait en douceur et en toute discrétion, de nuit. Les Blake investissent donc Cholong et s’efforcent de se comporter comme des voisins avenants, prévenants, ou tout simplement normaux. Et comme toujours, quand une famille s’échine à se fabriquer une telle façade, c’est qu’elle a quelque chose à cacher.

Le secret des Blake, c’est le passé de Fred, et son véritable nom. Anciennement connu sous celui de Giovanni Manzoni, il s’agit d’un célèbre membre de la mafia new-yorkaise forcé à l’exil après avoir balancé le nom de bon nombre de ses collaborateurs, y compris celui du capo Don Minimo. En tant que repenti, il bénéficie de la protection du FBI, dont trois agents le suivent constamment pour faciliter son intégration et s’assurer qu’aucun ancien collègue désireux d’accomplir la vendetta ne parviendra à le retrouver. Mais Fred, en proie au remords et à des pulsions violentes qu’il ne peut plus assouvir, n’a de cesse de risquer de détruire l’anonymat de sa famille. Après avoir fui Paris puis Cannes, les Blake échouent donc en Normandie, et le reste de la famille commence à s’agacer de la tendance de Fred à se faire remarquer.

L’essentiel du roman tient en ce décalage entre volonté de se fondre dans le décor et incapacité à le faire – cette famille bigger than life ne pouvant pas malgré tous ses efforts avoir l’air normale dans le cadre d’un barbecue dominical ou d’une réunion au ciné-club. Fortement influencé par les films de mafia à la Scorsese ou Coppola, Benacquista s’amuse à en déplacer les codes dans la banalité du quotidien d’une petite ville française. Ce procédé se révèle suffisant pour tenir la distance et réserve quelque scènes particulièrement bien troussées, et Malavita se lit avec beaucoup de plaisir bien qu’on puisse regretter que Benacquista ait seulement l’air de s’amuser alors qu’il avait sous la main de quoi proposer une réflexion intéressante sur le remords, le pardon mais aussi la transmission, au travers du personnage de Warren, personnage sous-exploité qui oscille entre désir de redresser l’honneur familial perdu par son père et besoin de normalité.

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2 Comments

  1. J’ai ce roman dans ma bibliothèque, mais j’avoue avoir complètement oublié son histoire. Tu me donnes envie de le relire (un jour, lorsque j’aurai le temps) pour savoir si cela vaut la peine que je le garde.

    • Franchement, oui ! Ca n’a rien d’un chef d’oeuvre mais c’est une lecture sympathique. Au pire tu pourras le troquer.
      Et au passage, il vient d’être adapté au cinéma… J’ai prévu d’aller le voir dans la semaine 🙂
      Merci pour le commentaire, c’est le tout premier ! Quelle émotion…

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