Caïn de José Saramago

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Dans l’Evangile selon Jésus-Christ, Saramago évoquait un Messie écrasé par un destin trop large pour ses épaules. Dans Caïn, le premier meurtrier de l’humanité selon la Bible devient un géant capable de se mesure au Dieu qui l’a puni. Car, comme l’écrit Balzac dans Splendeurs et misères des courtisanes, et comme on peut l’entendre chez Lord Byron entre autres, « Il y a la postérité de Caïn et celle d’Abel, comme vous disiez quelquefois. Caïn, dans le grand drame de l’Humanité, c’est l’opposition. »

Si on retrouve le style fascinant de l’Evangile selon Jésus-Christ, constitué de longues phrases dont l’amplitude faisait naître un souffle profératoire voire prophétique – donc parfaitement adapté au sujet – l’histoire de Caïn, elle, convainc moins.

Caïn - ED. Seuil

D’abord parce que Saramago choisit de le faire voyager à travers l’ensemble de l’Ancien Testament, sans contraintes de temps ni d’espace. Caïn croise ainsi la route de Lilith, d’Abraham, de Noé et de nombreux autres personnages au long de chapitres par conséquent peu liés les uns aux autres. Ce manque de cohésion donne l’impression d’une série d’historiettes anecdotiques, ce qui n’aide pas Saramago à donner du poids à son propos, qui est d’ailleurs relativement commun : selon Caïn, Dieu est profondément injuste voire immoral, puisqu’il châtie régulièrement des innocents, à l’image des enfants de Sodome et Gomorrhe qui, contrairement à leurs débauchés de parents, ne connaissaient pas le péché.

Malgré ses défauts, ce dernier roman du prix Nobel Portugais contient quelques pages qui méritent le détour, notamment les trop rares dialogues entre Caïn et Dieu. On retrouve dans ces moments là l’irrévérence mordante et la poésie lumineuse qui faisaient de L’Evangile selon Jésus-Christ un chef d’oeuvre.

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