Les énigmes de la rentrée littéraire : Trois grands fauves d’Hugo Boris, Arden de Frédéric Verger

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Toute rentrée littéraire arrive avec son lot d’évènements prévisibles : il y a le nouveau Nothomb, le bouquin qui fera polémique, le débat sur l’intérêt des prix littéraires et la mainmise de Galigrasseuil sur ceux-ci, le jeune prodige qui sort un premier roman bluffant de maturité, et au milieu de tout ça il y a les romans dont on entend parler partout, qui gagnent même parfois des prix, et dont on se demande bien pourquoi ils ont un tel  succès : les énigmes de la rentrée littéraire.

Cette année, deux des romans salués par la critique sélectionnés par de nombreux prix me laissent perplexes : Trois grands fauves d’Hugo Boris (finaliste du prix Fnac et dans la sélection du Prix du Style) et Arden de Pierre Verger (dans les listes Goncourt, Medicis, Renaudot et Décembre !).

trois-grands-fauves-1393209-616x0Le premier est l’oeuvre d’un jeune romancier qui n’en est pas à son coup d’essai : Hugo Boris a 34 et a déjà publié trois romans avant Trois grands fauves, tous reçus avec bienveillance par les professionnels. A lire la presse, nous sommes cette fois en présence du roman de la maturité. L’ambition est là puisque Boris s’attaque à trois mastodontes de l’Histoire : Danton, Hugo et Churchill. Le but, vu le format du roman, n’est évidemment pas de se lancer dans la biographie de chacun. Hugo Boris s’attache à quelques moments-clés considérant notamment le rapport de ces grands hommes à la mort. Ca commence d’ailleurs assez fort, avec un épisode de l’enfance de Danton qui le voit défiguré par un taureau. L’anecdote est relativement célèbre mais Hugo Boris lui donne une épaisseur intéressante, confrontant la psychologie du révolutionnaire à cet épisode fondateur.

Malheureusement, il vaut mieux s’arrêter là. La suite du chapitre nous projette dans les prémisses de la Révolution, que l’on survole jusqu’à la montée sur l’échafaud de Danton. La partie consacrée à Hugo se concentre ensuite sur des anecdotes archi-connues, de la mort de Léopoldine à l’art d’être grand-père en passant par les séances de spiritisme. Quant à Churchill, c’est au travers du prisme de sa relation avec son père qu’il est abordé. Au final, contrairement à ce qui est indiqué sur la quatrième de couverture, on ne saura pas vraiment ce qui fait de ces trois hommes des monstres sacrés. Sans être une lecture pénible, ce roman manque clairement de recul et de la maturité nécessaire à un projet aussi ambitieux.

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arden-verger Arden de Frédéric Verger appartient, lui, à une catégorie redoutable : celle du premier roman. Et avec un bonus de taille : l’auteur n’est pas le jeune écrivain qui fait jaillir de sa plume une première oeuvre bouillonnante, mais un novice déjà mûr, dont on imagine qu’il a passé les dix dernières années à peaufiner une oeuvre maîtresse. Le truc qui fait une accroche parfaite pour une chronique élogieuse.

Disons-le tout de suite, en termes de médiocrité, rien à voir avec le précédent. Arden est un roman qui se tient. Plutôt intelligent, capable de mélanger les tons et de brouiller les pistes, il contient quelques jolis morceaux – et serait plus légitime que Trois grands fauves dans la sélection du Prix du style. Je lirai d’ailleurs avec intérêt les prochains ouvrages de Frédéric Verger. Mais ce qui me chagrine, c’est l’accueil tout à fait disproportionné fait à ce livre.

L’introduction est longuette ; même si elle constitue un vrai obstacle, on ne le reprochera pas à Verger qui fait tout de même un beau travail de forme. On est tout de même soulagé lorsque le coeur de l’histoire se met vraiment en route, entraînant l’oncle du narrateur, un propriétaire d’hôtel dans une province européenne reculée, dans les affres de l’Histoire, la grande bien sûr, alors qu’il préfèrerait rester dans son coin à composer des opérettes. L’essentiel du roman repose évidemment sur ce décalage entre la menace de la seconde guerre mondiale et les petites histoires sentimentales, jamais terminées, de ce personnage fantasque. C’est peu, mais ça aurait pu suffire – malheureusement, Verger se pique un peu trop d’érudition (le syndrome du prof-écrivain) et perd souvent de vue son sujet, faisant d’Arden une lecture quelque peu décevante.

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