Exposition : Pierre Huyghe au Centre Pompidou

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Attention, derniers jours : il serait dommage de rater l’exposition Roy Lichtenstein, première grande rétrospective de l’oeuvre de cet artiste américain à Paris, qui fermera ses portes le 4 novembre. Tout le monde en a parlé, l’exposition est pleine à toute heure (avec des nocturnes tous les jours jusqu’à 23 heures), et il faut la voir ne serait-ce que pour pouvoir briller dans les salons où l’on cause (si ces lieux existent encore). Mais surtout parce qu’il faut prendre conscience de la grande inventivité de cet artiste qui a largement repoussé les limites du pop-art, plus sans doute qu’Andy Warhol, en s’engageant notamment dans une réflexion sur la nature du geste de l’artiste (dans la série des Brushstrokes en particulier) ou en s’inscrivant dans une histoire de l’art truquée, dévoyée (de l’impressionnisme au suprématisme).

Mais si vous vous rendez ces jours-ci au centre Pompidou, l’exposition à ne pas rater est celle de Pierre Huyghe, qui, lui aussi, bénéficie ici de sa première grande rétrospective française. Pas question ici de balises chronologiques ou de parcours fléché comme chez Lichtenstein ; en investissant la Galerie Sud, Huyghe crée un espace d’exposition à l’image de son oeuvre : vivant, et par certains aspects, assez bordélique. 

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Bordélique car il n’est pas question d’ordre à privilégier pour parcourir les oeuvres proposées : l’espace de la Galerie Sud est éclaté en plusieurs grands espaces qu’il faut explorer, parfois plusieurs fois, pour ne rater aucune alcôve, aucun petit couloir dissimulant une petite installation vidéo ou simplement une pile de livres dont on comprend qu’ils sont des inspirations dont on retrouve les échos en divers endroits. On ne trouvera pas non plus de cartel à côté de chaque oeuvre, et le visiteur soucieux de mettre un titre sur ce qui lui échappe devra se référer au dépliant fourni à l’entrée. Dans le fond, d’ailleurs on peut très bien s’en passer tant les oeuvres de Huyghe, des plus évidentes au plus étranges, possèdent un petit quelque chose de poétique, de parlant. Il vaut mieux donc se prendre au jeu, aller et venir, s’amuser de voir que le sable rose déversé dans un coin de l’expo se retrouve ici ou là, petit rappel joueur d’une oeuvre de plus grande envergure, passer un long moment devant une installation vidéo qui mettra en lumière un objet apparemment anodin croisé auparavant, bref se perdre dans l’oeuvre de Pierre Huyghe jusqu’à douter des frontières entre l’exposition et l’espace public (la Galerie Sud, pour l’occasion, envahit un bout de l’esplanade face à la fontaine Stravinsky), entre les oeuvres, bien figées comme il se doit, et la réalité vivante.

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Car Huyghe s’amuse, lui, à brouiller les limites, clairement rétif à l’exercice trop rigide de la rétrospective. Il démonte le décor, laisse des cimaises nues ou endommagées pour laisser voir ce qui se trouve derrière. Il met de la vie dans la Galerie Sud, au sens figuré comme au sens propre puisqu’on croisera au cours de la balade quelques fourmis, une araignée, un essaim d’abeilles, des limules ou encore Human, le chien blanc à la patte rose qui tenait un rôle important dans une oeuvre de 2010 de l’artiste. Et il est tout à fait saisissant de voir trottiner celui-ci au milieu de la grande salle d’exposition quand on vient de regarder dix minutes d’une installation vidéo le mettant en scène… Pierre Huyghe offre ainsi une dimension onirique fascinante dans l’exposition, tout en interrogeant comme il le fait dans nombre d’oeuvres le rapport entre réel et fiction. Prévoyez, à ce titre, de passer un long moment dans l’exposition car une de ses plus belles pièces est un film d’environ une heure et demie, The Host and the Cloud, trace d’une expérience interactive éclatant toutes les limites entre la réalité et le jeu d’acteurs, qu’on peut prendre comme une simple compilation d’images à la beauté hypnotisante ou comme une réflexion sur les mécanismes narratifs à l’oeuvre dans nos sociétés.

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Il est difficile de couvrir en un article la diversité des formes que prennent les oeuvres de Pierre Huyghe ; il serait d’ailleurs dommage de constituer un catalogue ici tant le plaisir de la découverte, de la rencontre surprise avec un homme à tête d’aigle ou un pantin de mante religieuse charbonneuse, sont partie prenante de l’expérience que constitue cette exposition. Vous avez jusqu’au 6 janvier 2014 pour en profiter, et moi pour y retourner.

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