Opium, un film d’Arielle Dombasle

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Le 11 octobre était célébré le cinquantenaire du décès de Jean Cocteau. Comme à chaque fois pour ce genre d’occasions, on a vu fleurir les publications d’inédits, les textes d’écrivains sur le disparu et les évènements en tous genre (expositions et surtout la sortie restaurée de La Belle et la bête). Parmi les hommages, sorti dans la plus grande discrétion, on trouve un film d’Arielle Dombasle, qui n’était pas passée derrière la caméra depuis plus de vingt ans : Opium, qui s’intéresse à la période de la vie de Cocteau qui le voit s’éprendre de Raymond Radiguet, et dont les textes sont pour l’essentiel empruntés aux oeuvres du poète.

On ne va pas se mentir, l’image que l’on a d’Arielle Dombasle, divine potiche allumée, n’est pas vraiment compatible avec celle d’une grande réalisatrice. Déjà, quand elle joue dans un film, ça n’est pas franchement un atout… Du coup, si je suis allé voir Opium, c’est d’abord par curiosité, ensuite  parce que je me disais qu’avec un peu de chance ce serait assez mauvais pour devenir drôle, et enfin parce que le cinéma en bas de chez moi proposait une séance en présence de Dame Arielle, ce qui vaut tout de même son pesant de cacahuètes et ce pour un effort minime.

Je partais donc avec des attentes au ras des pâquerettes, d’autant plus que la bande-annonce et quelques critiques lues ici et là ne m’avaient pas rassuré. Et, en effet, même si c’est au final une relativement bonne surprise, le film est loin d’être parfait. De manière générale, tout est trop kitsch, pas mal poseur aussi même si Dombasle prétendait se situer du côté de l’irrationnel et du spontané. Par conséquent, bien qu’il ne dure qu’une petite heure et quart, on sent le film passer…

Quelques choix dans l’utilisation des textes de Cocteau sont assez discutables également, surtout lorsqu’il s’agit de chanter ses sonnets : même si Philippe Eveno (un proche de Philippe Katerine) signe des musiques sympathiques, la troupe d’acteurs n’a pas un talent fou pour le chant (y compris Arielle, qui mâche sacrément ses mots) et le sens des poèmes est, du coup, perdu dans sa plus grande partie. Le peu qu’on en comprend n’a d’ailleurs pas l’air sensationnel : il s’agit de poèmes de jeunesse que je ne connais pas et que je n’irai pas rechercher… Pour les points négatifs, il faut aussi citer le nom de Samuel Mercer, interprète de Radiguet qui, malgré un jeu très physique ne convainc pas ; ou pour le dire sans euphémisme, parvient à ruiner un grand nombre de scènes par sa seule présence.

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Cela fait pas mal de reproches, et pourtant je n’ai pas envie de démonter ce film, ni de le déconseiller pour une raison très simple : il est un hommage sincère et inégal à un auteur qui était, tout autant, sincère et inégal. Je trouve appréciable et même, quelque part, touchant qu’une personnalité comme Arielle Dombasle, qui aurait certainement pu s’assurer quelques apparitions télé et une bonne campagne d’affichage en faisant appel à quelques connaissances, ait joué ainsi la carte de la simplicité et de l’humilité. Opium a été fait avec trois bouts de ficelle, simplement par envie de rendre hommage à un auteur adoré. Un petit projet comme ça, qui est sorti dans quatre salles seulement, pour le plaisir de partager ses textes, et non un « caprice » comme j’ai pu le lire.

C’est d’ailleurs cette économie de moyens qui offre au film ses plus beaux moments : quelques fulgurances visuelles avec, notamment, des accessoires en fil de fer évoquant le trait de Cocteau, et l’aide d’une poignée d’amis comédiens (et des beaux : Niels Schneider, admirable, Valérie Donzelli, Julie Depardieu, Jérémie Elkaïm…) qui jouent avec plaisir, comme des gamins qui improvisent une histoire un dimanche après-midi pluvieux. Le clou du spectacle arrive à quelques minutes de la fin, en la personne de Philippe Katerine qui, en deux scènes d’anthologie, donne un vrai coup de fouet au film et l’éloigne de l’écueil de la prétention avec lequel il flirtait tout du long. Cette belle brochette de seconds rôles entoure à merveille un Cocteau très convaincant, joué par Grégoire Colin.

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Il est indéniable qu’Opium est un film bourré de petits défauts, et même de quelques gros, mais il constitue une vraie curiosité pour tous les amateurs de l’écriture de Cocteau à laquelle il fait, dans l’ensemble, vraiment honneur. A ma grande surprise, je le recommande donc, ne serait-ce que parce qu’il s’agit d’un projet atypique et qu’il est toujours bon de voir des films qui sortent de l’ordinaire.

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9 Comments

  1. Mon intention de voir ce film (pour Cocteau et malgré Arielle Dombasle) se confirme. Malheureusement, il ne se joue pas dans ma région cinématographiquement sinistrée…

    • C’est sûr que pour l’instant, le film n’a pas beaucoup bougé ! Il faut voir, peut-être que les quelques bobines existantes vont commencer à tourner la semaine prochaine…

    • Je crois que beaucoup de régions se ressemblent, pour ça… Malheureusement. Mais il ne faut pas désespérer, les copies du film commencent à tourner – pour l’instant encore dans des grandes villes (Lyon et Reims). Merci pour ce commentaire en tout cas 🙂

  2. Je n’avais absolument pas entendu parler de ce film et je n’avais même pas l’idée que Dombasle puisse être réalisatrice … Etonnant !
    Est-ce que ce film évoque la période où Cocteau a lancé la carrière de Radiguet avec Le Diable au Corps ?

    • Je pensais à vrai dire que c’était son premier film et j’ai aussi été très étonné de voir qu’elle avait déjà réalisé… Cette femme me surprendra toujours !

      Quant à Opium, il cible en effet la période pendant laquelle Cocteau fréquente Radiguet, de la rencontre à la mort de celui-ci. Mais Radiguet reste un personnage assez secondaire et c’est surtout du côté du privé qu’on regarde, donc on parle assez peu de sa courte carrière (mais un peu plus de celle de Cocteau, avec notamment la première houleuse des Mariés de la Tour Eiffel).

  3. Je partage pas mal de vos points de vue sur ce film ! je vous livre quelques mots que j’ai publiés sur mon blog. Merci pour le vôtre, très intéressant !
    A la faveur d’un festival à Buenos-Aires, je vois enfin ce film qui est un bel album illustré et musical sur l’univers de Cocteau dans les années 20.
    Bénéficiant de la magie visuelle et de la richesse poétique qui abondent quant on touche à la galaxie de Cocteau, cette création éclectique qui tient du collage, de l’onirisme ne manque pas de charme… Esthétiquement très beau et proche de l’artisanat de luxe propre à Cocteau, on est transporté dans des jeux de miroirs qui peuvent facilement enchanter.

    Mais hélas, on peut faire aussi une liste de reproches à cette production qui cumule tous les défauts que les ennemis de Cocteau lui reprochaient : mondanité parisienne du casting, funambulisme bohème de la réalisation sans vraie ligne directrice, art de caméléon dans les reconstitutions de lieux emblématiques, mensonges et approximations dans les faits biographiques et artistiques, goût de la parade et feux d’artifice des citations d’oeuvres et de personnalités etc..
    Finalement on reste à la surface d’un poète qui n’en ressort pas grandi, englué dans la léthargie opiomane à laquelle il est souvent réduit à l’écran. On ne recueille de son oeuvre que la crème ou le gratin ! Dombasle qui n’a surement pas conçu grand chose dans un film dont elle ne co-signe que le scénario, sert de figure de proue (hélas chantante) à cette galère chic et frivole. Dommage, il y avait aussi de belles choses dans ce patchwork et malgré toutes mes réticences et mes exaspérations, sous les plumes du paon dont tout ce staff s’était grimé, on devinait quelquefois avec émotion la crête noir de geai de Jean l’oiseleur…

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