La Cravate de Milena Michiko Flašar

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Milena Michiko Flašar est une jeune auteure autrichienne d’origine japonaise, ce qui explique sans doute qu’elle ait choisi de placer l’histoire de la Cravate au Japon, même si elle aurait pu se dérouler n’importe où dans le monde. Une des particularités du japonais est cependant qu’il possède un mot pour désigner une catégorie de personnes un peu particulière, des jeunes gens qui se cloîtrent dans leur chambre d’enfance, refusant toute communication : hikikomori. Une affection psychologique pratiquement propre au Japon, et dont le narrateur sort tout juste, lui qui, à vingt ans, vient de passer deux ans dans sa chambre sans dire un mot. Lorsqu’il met le nez dehors, c’est pour passer ses journées, tout aussi muet, sur un banc, dans un parc. Sur le banc d’en face va s’asseoir le second protagoniste du roman, un salaryman récemment licencié.

Petit à petit, le dialogue va s’instaurer entre eux, leur permettant de renouer avec la parole, devenue presque étrangère au premier, et devenue outil du mensonge pour le second qui se sent incapable d’annoncer son licenciement à sa femme.

la-cravate,M128294Ce dialogue, qui ressemble d’ailleurs plutôt à une alternance de monologues, va embrasser, au gré des souvenirs, nombre de thèmes graves : la mort, la tentation du suicide, la solitude, ce que signifie être un père, un fils, un mari, un homme… Pour autant, ce court roman n’est en rien un petit manuel de morale, et c’est peut-être ce qu’il a de plus japonais : ces thèmes sont abordés par petites touches qui apportent plus de questions que de réponses, et les silences et les non-dits sont au moins aussi importants que les évènements évoqués. Si la tragédie s’invite souvent dans la Cravate, le pathos reste à la porte. Malgré la grande humanité qui se dégage du roman, Milena Michiko Flašar semble même réticente à nous laisser être touchés par les personnages. Son écriture m’a semblé parfois trop délicate, comme si elle s’excusait de la gravité de certaines pages, si bien que j’ai souvent eu du mal à adhérer aux souvenirs évoqués par les personnages. La Cravate manque un peu de corps mais Milena Michiko Flašar est sans doute une jeune auteure à suivre.

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Illustration : La première fois que j’ai entendu le mot Hikikomori, c’était dans le segment de Tokyo réalisé par Bong Joon-Ho, dont l’en-tête de l’article provient.

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2 Comments

    • Oui, je l’ai d’ailleurs propulsé en haut de ma PAL après avoir lu un très bon article, mais je ne retrouve plus où… Ca reste une lecture intéressante de toute façon, mais je pense que l’auteur en a encore pas mal sous le pied.

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