Les Contes d’Eva Luna d’Isabel Allende

gravure dore bible - la pentecote

Ce week-end j’ai fait un truc qui change, un truc dont je ne suis pas peu fier : j’ai lu un livre en espagnol. Pour la première fois. Cinq ou six ans après avoir arrêté d’étudier cette langue, pour laquelle je n’ai d’ailleurs jamais été très doué. Que s’est-il passé ? Je n’ai pas reçu le don de glossolalie par opération du Saint-Esprit, j’ai simplement emprunté à la bibliothèque un livre de la collection « Lire en espagnol » du Livre de Poche. J’avais entendu parler de cette collection il y a quelques années et j’avais trouvé le principe intéressant : au texte original sur la page de gauche correspondent sur la page de droite des notes très abondantes sur le vocabulaire et les tournures pouvant poser problème. Bien plus motivant qu’une édition bilingue dans laquelle il est tentant, par facilité, de se contenter du texte en français la majeure partie du temps…

Avant de parler du recueil de nouvelles Cuentos de Eva Luna je voulais donc vous recommander chaudement cette collection car je connais beaucoup de gens qui regrettent de ne pas pouvoir lire dans une langue étrangère (l’anglais, le plus souvent) : les collection « Lire en… » permettent de prendre confiance en ses capacités (car à force d’entendre que « les Français sont nuls en langues », on a envie d’y croire, non ?) et de s’acclimater aux tournures particulières qu’on ne trouve pas forcément dans les manuels… Avant de se lancer sans filet dans la lecture d’une « vraie » édition originale. Un petit bémol cependant : dans nombre de cas, les oeuvres disponibles sont des recueils de nouvelles et, dans le cas de Cuentos de Eva Luna et de quelques autres, celles-ci sont extraites de recueils plus importants.  La collection en anglais propose également des romans, ce qui évite ce problème.

Venons-en, donc, à Isabel Allende. Je me rappelle avoir été enchanté par La cité des dieux sauvages, un roman que j’ai lu alors que j’avais quatorze ou quinze ans ; j’étais donc ravi à l’idée d’une deuxième rencontre avec cette auteure chilienne. Et si mon petit volume en espagnol ne contient pas l’intégralité des 23 contes d’Eva Luna mais seulement six d’entre eux, il m’a donné envie de me replonger prochainement dans l’univers d’Isabel Allende.

9782253086949-TCelui-ci se caractérise par une atmosphère qu’on associe volontiers à la littérature d’Amérique Latine : un indétermination constante dans les époques et les lieux, et un certain flou dans les relations entre rêve et réalité. Si les contes d’Eva Luna évoquent dans leur ensemble des situations très prosaïques, mettant principalement en scène des femmes fortes devant faire face à la tension entre leurs idéaux de liberté et l’inévitable domination masculine, il faut toujours être prêt à voir surgir des éléments évoquant un réalisme magique à la Cent ans de solitude. Ainsi le premier conte, « Deux phrases » a pour héroïne une vendeuse de mots capable de concocter des lettres d’amour irrésistibles ou des discours pouvant convaincre n’importe qui de voter pour celui qui les prononce.

Je ne me prononcerai pas sur le style, étant trop peu habitué à la lecture en espagnol pour réellement l’évaluer, mais il m’a semblé fluide et simple sans pour autant renoncer à une certaine poésie. Je recommande les Contes d’Eva Luna, en français ou en espagnol, à ceux et celles qui ont aimé des romans comme Le Coeur cousu de Caroline Martinez ou Ce que je sais de Vera Candida de Véronique Ovaldé : nul doute que ces oeuvres doivent beaucoup à Isabel Allende.

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