Manger de Marie-Odile Beauvais

pantagruel

Margot, mère de famille, aime manger et boire. Une passion qu’elle partage avec nombre de ses amis et qu’elle tâche de transmettre à ses enfants. Elle est un cordon bleu, passionnée par la gastronomie, capable de faire soixante kilomètres pour acheter la râpe à parmesan qui va bien. Manger est son histoire, en une poignée d’instantanés qui la voient partager un repas avec un vieil ami, des oncles et des cousins éloignés, son mari… La table est, pour elle, l’endroit propice pour les confidences, les réminiscences proustiennes et le lavage de linge sale.

Avant tout, dans Manger – évidemment – on mange. Ou plutôt, non, « on ne mange pas, on déjeune, on dîne, on soupe, on grignote, on ripaille, on fait collation ou médianoche, on déguste, on goûte, on dévore et, s’il le faut, on casse la croûte ». Par respect de l’étiquette et par simple gourmandise – culinaire et lexicale. L’écriture de Marie-Odile Beauvais met l’eau à la bouche ; qu’elle évoque la recette de la soupe au potimarron ou le chapon demi-deuil (avec des lamelles de truffe glissées sous la peau), elle fait de la lecture une véritable dégustation. Bel exercice de style qui rappelle Eric Chevillard, capable d’écrire cent pages sur le gratin de chou-fleur – sauf qu’ici les mets sont vraiment appétissants. Rien que pour cette écriture suave, Manger est un plaisir.

89609233_oAu-delà de ce simple plaisir de la bonne chère, Marie-Odile Beauvais interroge, en sourdine, les aspects sociaux du repas. Il est bien sûr question de convivialité et du lien social, notamment inter-générationnel, assuré par les bienfaits d’un bon petit plat Mais on réfléchit surtout à la formule un peu passe-partout « on est ce qu’on mange ». Dans Manger, on se demande ce que notre rapport à la nourriture dit de nous : qu’est-ce qui, philosophiquement, différencie celui qui mange sa viande bleue de celui qui l’exige bien cuite ? Quel rapport à la vie trahit un désintérêt total pour la gastronomie ? Les questions soulevées sont évidemment limitées, on ne fera pas de Manger une bible de la psychologie, mais ces problématiques me parlent, moi qui ai des souvenirs de conversations passionnées à cinq heures du matin sur  le plaisir suscité par les textures et les goûts des différents champignons.

Sans doute faut-il donc être un minimum gourmand pour apprécier ce roman. Manger pourra  aussi déplaire pour son côté bourgeois : tout le monde y est bien installé, on se paye des vacances à durée indéterminée en Italie, pépère, on se permet d’être blasé devant un soufflé aux écrevisses, on évoque longuement la vie de Violette Leduc, la musique de Wagner ou l’architecture du Louvre : ça peut peser sur l’estomac. Manger ne suit pas une ligne narrative définie, on s’y arrête souvent pour digresser de manière un peu pédante et, en procédant par empilement de scènes non liées les unes aux autres, Marie-Odile Beauvais prend le risque de lasser certains lecteurs. Manger réserve cependant de beaux moments d’émotion, notamment dans le chapitre central, consacré à un ami qui se meurt du Sida, et dans le dernier, qui évoque la mère de Margot, mais toujours avec un bel optimisme d’épicurien : on en reprendrait volontiers.

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