BD : La Parenthèse d’Elodie Durand

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Histoire de varier un peu les plaisirs, j’inaugure aujourd’hui la catégorie BD avec un album découvert chez Stephie il y a quelques semaines et sur lequel je suis tombé par hasard hier à la bibliothèque.

Judith a à peine plus de vingt ans lorsque ses proches l’alertent sur son état de santé : depuis quelques temps, elle a des malaises, des absences dont elle ne se souvient plus quelques minutes après. Ces trous de mémoire sont les premiers signes d’une maladie qui va la ronger pendant plusieurs années, avalant tous ses souvenirs, détruisant toute possibilité de vie sociale. Plus de dix ans plus tard, elle entreprend le récit de sa maladie, qu’elle adresse à sa mère, pour enfin tourner la page.

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On le comprend assez vite, même sans être renseigné : Judith, c’est bel et bien Elodie Durand qui utilise ici son deuxième prénom afin de mettre les souvenirs les plus douloureux à distance. La Parenthèse est donc avant tout un témoignage, celui d’une longue lutte contre la maladie entreprise par l’auteur, et un hommage vibrant à sa famille qui doit prendre le relais lorsqu’elle perd toute autonomie et l’aide à reconstituer les évènements une fois la mémoire retrouvée.

Un tel matériau de départ pourrait faire sans grand effort une bande dessinée touchante, mais le travail graphique d’Elodie Durand en fait un véritable coup de poing. Faisant le choix du noir et blanc, elle parvient cependant à une grande variété graphique en mêlant différentes techniques, jouant notamment sur des va-et-vient entre les dessins au crayon et ceux au fusain qui, par leur aspect plus brut et flou, en disent long sur le sentiment de dissolution de soi qu’a pu provoquer la perte de mémoire et de volonté.

A ce titre, les pages les plus impressionnantes sont celles constituées de dessins réalisés pendant la maladie, à une époque où leur seul but était d’évacuer un trop-plein de sentiments : généralement brossés à grands traits, tremblants, ils représentent des corps dédoublés, lacérés, perforés, surmontés de têtes bourgeonnantes, réduites, en plein big-bang ou dissimulées derrière des barreaux. Même s’ils sont presque gênants dans leur façon très crue de mettre à nu les pensées de l’auteur lors des plus graves accès de mal-être, je trouve très intéressant de les avoir intégrés, d’autant plus qu’ils constituent une sorte de genèse des recherches graphiques d’Elodie Durand, qui semble les reprendre, avec un traitement plus fin, lorsqu’elle représente la maladie sous la forme d’un nourrisson difforme.

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Depuis La Parenthèse, sorti il y a trois ans, Elodie Durand n’est pas revenue à la bande-dessinée, se consacrant à l’illustration d’albums jeunesse (dans un style charmant si j’en crois son book). J’imagine volontiers à quel point un projet comme celui-ci a pu être épuisant ; avec un talent pareil, il faut quand même espérer que d’autres BD verront le jour.

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12 Comments

    • Franchement, oui, certaines pages sont vraiment douloureuses… Mais j’aime les auteurs de BD qui arrivent à des résultats aussi forts, c’est rare !

  1. Pour une raison que j’ignore, j’avais saisi un commentaire il y a quelques jours et je ne le vois pas. Ai-je validé avant de quitter la page ? Va savoir…
    En plus je te disais que j’aimais beaucoup ton billet et que je trouvais très riche d’échanger avec toi 🙂
    Des bises

    • Non,non, tu ne perds pas la boule, c’est WordPress qui déconne ! Je vais voir ce que je peux faire pour que ça ne recommence pas. Et merci pour ces deux commentaires fort gentils 😀

      • On va lui faire la peau !! (Canalblog aussi semble me fiche dans les indésirables… impossible de laisser des comms chez ma cops Laurie…)

        • Tu es fichée ! C’est bien étrange mais apparemment, comme j’ai dû valider tes commentaires manuellement, il a compris que tu étais la bienvenue 😀 J’espère qu’il ne recommencera pas car je n’ai pas trouvé comment désactiver le tri.

  2. Cette BD m’a profondément marquée… Comme toi, j’espère voir Elodie Durand de nouveau à l’oeuvre un jour…! Elle a beaucoup de talent !

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