Le Train Zéro de Iouri Bouïda

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Chaque nuit, les cent wagons et les quatre locomotives du Train Zéro traversent la station neuf dans un fracas métallique. Pour assurer la sécurité de ce passage quotidien, une poignée de travailleurs ont été envoyés peupler le hameau créé de toutes pièces autour de la gare. Ils ne savent pas ce que transporte le train, ni quelle est sa destination, seulement qu’ils doivent maintenir la voie en état, surtout le grand pont que doit emprunter le convoi après la station.

Le Train zéro c’est donc, avant l’histoire de ce train mystérieux, celle de ces quelques travailleurs perdus dans une plaine au beau milieu de la Russie. A ce titre, la quatrième de couverture, qui les évoque à peine, et même le titre de cette traduction (le titre original, Don Domino, désigne le personnage principal) sont trompeurs. Car avant d’être un roman contemplatif et métaphysique, le Train Zéro est un roman d’inspiration réaliste.

895200522Peut-être est-ce justement parce que mes attentes ont été déçues, mais cet aspect-là du roman ne m’a pas vraiment emballé. La vie fruste de Don Domino et ses camarades, ses visites dans les stations voisines, notamment au bordel, tout cela est évoqué avec trop de froideur ; malgré une attention toute particulière aux couleurs dans les descriptions, le résultat en nuances de gris ne m’a pas passionné. Seuls quelques éclats de poésie – notamment lorsque Don Domino rencontre Fira, à qui il vouera un amour fidèle bien qu’elle soit mariée – parviennent à ranimer la première partie du roman.

Mais ce qui interpelle le plus dans ce court roman, c’est forcément le train. Le mystère entourant ce qu’il transporte, le fait qu’il ne passe jamais que dans un sens et que sa destination soit inconnue convoque dès le départ des images inquiétantes : déportation, goulag… Iouri Bouïda laisse planer l’ambiguïté, car il s’intéresse plutôt à la portée allégorique de ce train, un des camarades de Don Domino le comparant à la vie des personnages, qui peuvent revenir en arrière (dans les stations un à huit) mais pas savoir ce qui se trouve après bien qu’ils soient obsédés par l’énigme de la destination finale et du but du voyage.

Au fil du récit, cette obsession confine à la folie, certains personnages bravant la mort pour enfin comprendre ce que cache le train. La tonalité du récit change avec la psychologie des personnages, ce qui a commencé de manière réaliste se terminant dans une ambiance presque post-apocalyptique, où la fin des temps se manifeste par un éternel retour des mêmes éléments – fin du temps au sens propre. Je ne révèlerai rien des dernières pages, écrites dans un style sublime, renversantes. Je me contenterai de dire qu’elles récompensent bien le lecteur qui sera allé au bout de cette lecture tout de même assez exigeante.

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