BD : Chambres noires d’Olivier Bleys et Yomgui Dumont

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La famille Pénouquet a une drôle de façon de gagner sa croûte : la fille, Ninon, est médium et permet à ses clients, avec plus ou moins de bonheur, d’entrer en contact avec des esprits. A la fin de la séance, son frère Lazare, féru de photographie, une technique qui vient d’être inventée, et amateur de trucages, propose aux crédules d’être immortalisés avec les spectres de leurs chers défunts. Ces petites arnaques permettent de nourrir toute la tribu : des faux jumeaux adoptés, une petite orpheline muette, le père Pénouquet, l’oncle Arsène et son compagnon venu de Conchinchine, Gang Li Cheng.

Mais tous ne sont pas des charlatans et il y a bien un peu de surnaturel dans l’immeuble parisien qu’habitent les Pénouquet : la mère de famille, décédée, parle au travers de son portrait, peint par son mari, et les esprits s’invitent parfois réellement dans les séances de Ninon. Notre histoire commence lorsque les photos de Lazare se voient parasitées par le spectre d’une femme qui semble avoir un message à délivrer.

chambres noires 1Tous les ingrédients sont réunis pour ce qui pourrait être une banale aventure fantastique. De fait, tous les classiques du genre vont être passés en revue au cours des trois tomes de la série : on y croise un savant fou à la Frankenstein, des conciles mystérieux dans des souterrains, quelques bestioles inquiétantes, l’inventeur de la pierre philosophale… Mais Olivier Bleys les fond dans une intrigue à tiroirs passionnante, qui nous entraîne dans un complot politique visant à déstabiliser le gouvernement Mac-Mahon et fait des étapes dans une maison close, aux abattoirs parisiens ou encore aux Buttes-Chaumont. De quoi faire régulièrement de grands écarts dans la tonalité et donner une identité propre à chaque tome, le premier ayant le côté amusant de la présentation d’une galerie de personnages hauts en couleurs tandis que le second fait la part belle à l’action et que le troisième densifie et assombrit considérablement la trame. Ce qui explique qu’on prenne beaucoup de plaisir à suivre les aventures des Pénouquet, dont on devine bien, de temps en temps, quelques rebondissements à l’avance, mais qui ne lassent jamais pour autant.

chambres noires 2Côté dessin, c’est aussi du tout bon puisque Yomgui Dumont excelle à peindre des ambiances sombres, et si les deux premiers tomes sont déjà tout à fait charmants, dans un style assez burtonien, son talent est vraiment mis à contribution dans le troisième tome qui contient des pages presque entièrement noires, où quelques touches de clarté et de couleur suffisent pour dire beaucoup de choses – notamment dans des pleines pages sublimes. Le choix du décor principal dans ce tome y est également pour beaucoup : les Buttes-Chaumont, de nuit, ont tout pour séduire les amateurs de roman gothique.

Le seul – léger – défaut de Chambres noires est peut-être son indécision quant au public qu’il vise : certaines touches d’humour semblent le destiner à un public jeune, mais quelques scènes, notamment dans la maison close, le réservent à un public au moins adolescent. Un peu dommage car il faudrait pouvoir mettre des albums aussi charmants dans toutes les mains.

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2 Comments

    • Oui, c’est d’ailleurs ça qui m’a attiré car je n’avais jamais entendu parler de cette série. Et le contenu, pour le graphisme, est vraiment à la hauteur !

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