Palladium de Boris Razon

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En 2005, Boris Razon a 29 ans et à peu près tout pour être heureux : une compagne aimante, un boulot dont rêveraient beaucoup, un peu de temps à côté pour envisager de se mettre à écrire, peut-être même un premier enfant en route. Mais depuis quelques temps, il se sent faible, a mal partout, n’arrive plus à dormir. Comme il est un peu hypocondriaque,  il se dit qu’il est encore en train d’imaginer des choses. Il encaisse, se bourre d’antalgiques et de somnifères, interroge sa soeur médecin tout de même, se rassure comme il peut. Jusqu’à une brusque dégradation qui le conduit à une hospitalisation d’urgence. Les spécialistes s’interrogent, il pourrait s’agir de ciguatera, une intoxication dûe à l’ingestion de poissons crus, ou de la maladie de Lyme. Il est en fait atteint d’une forme du syndrome de Guillain-Barré, qui va le paralyser totalement pendant quelques semaines et lui laisser un certain nombre de séquelles.

La maladie de Boris Razon évoque d’autres témoignages et avant tout le Scaphandre et le Papillon : comme Jean-Dominique Bauby, Razon est enfermé à l’intérieur de son corps. Une expérience terrifiante dont il tire un roman cependant bien différent. Car le témoignage en tant que tel n’est que le prologue de Palladium : dans la première partie, intitulée la Métamorphose, Boris Razon décrit les premiers symptômes de sa maladie jusqu’à l’entrée à l’hôpital. La suite est bien plus atypique puisque le black-out provoqué par le syndrome a conduit l’esprit de l’auteur a fonctionner en vase clos : privé de stimuli extérieurs, il semble s’être fait ses propres films. L’essentiel du roman est le récit de ceux-ci : un long rêve bourré de visions morbides ou sexuelles, une épopée dans des contrées insoupçonnées.

boris razon palladium Même si le récit est entrelardé d’extraits de son dossier hospitalier, on sort totalement du témoignage médical, ce qui est sans doute une bonne chose car Boris Razon échappe ainsi au registre pathétique – avec lequel il flirte dangereusement à la fin de la première partie. Dommage en revanche qu’il n’ait pas esquivé un autre écueil propre à ce genre de récits, celui de la glorification de la vie et du carpe diem, lourdement amenée au travers d’adresses directes au lecteur : « Mesure donc ta chance d’être en bonne santé », nous dit-on en substance. L’ensemble était assez édifiant pour qu’on le fasse tout seul comme des grands…

Mais ça, passe encore. Le principal problème, c’est que cet interminable récit de rêves, au bout de cent pages, je n’en pouvais déjà plus. Et il m’en restait environ 200. Autant dire que j’ai lu une partie du bouquin en diagonale. Il y a pourtant des passages intéressants, et de belles références – notamment l’Odyssée et nombre d’autres mythes antiques, ce qui est d’ailleurs annoncé dès la première partie dans laquelle Boris Razon a tendance à se voir un destin de tragédie grecque partout : tout y est signe avant-coureur ; quand son portable tombe et se casse, c’est le présage de la rupture de la communication avec l’extérieur ; quand les médecins pensent à la maladie nommée « Les Porphyries », Razon pense à Euripide, et j’en passe. L’idée est bonne, et manifestement sincère car il voit dans ces mythes des structures inhérentes au comportement de l’inconscient. Malheureusement elle ne suffit pas à rendre digeste un récit qui perd bien vite de sa force.

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4 Comments

  1. Je ne sais pas pourquoi j’y pense maintenant, c’est peut-être en lisant le mot « scaphandre », mais je pense que « The Body » de Hanif Kureishi vous plaira.

  2. Je suis tout à fait d’accord : au bout de cent pages des délires de ce monsieur, on n’en peut plus. J’ai trouvé la première partie réussie, le reste juste raté. J’ai vu ou entendu ensuite parfois cet auteur lors d’interviews où il n’est jamais question de ses fantasmes sexuels morbides qui prennent de plus en plus de place au cours du récit : certains lecteurs ont dû être surpris s’ils s’attendaient à un témoignage orienté vers le médical…

    • Je ne l’ai pas du tout vu dans les médias mais même si j’avais lu qu’il s’agissait d’une « odyssée intérieure », je ne m’attendais vraiment pas à ça. C’est dommage car ça aurait pu être bien moins hermétique en allégeant la partie hallucinatoire…

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