La réforme de l’opéra de Pékin de Maël Renouard

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« C’est sur une page blanche qu’on écrit les plus beaux poèmes ».

Lorsque le narrateur de la Réforme de l’Opéra de Pékin se voir chargé de créer une nouvelle forme d’opéra, plus adaptée aux idéaux révolutionnaires, il se répète comme un mantra cette citation de Mao. Il faut dire que, dès le départ, il n’est pas tout à fait à l’aise bien qu’il voie dans cette opportunité une bonne occasion d’exercer ses talents d’écrivain, lui qui n’est qu’un auteurde seconde zone, seulement connu de ses élèves de l’université. Devenir librettiste est à la fois une chance et une source d’angoisse, chaque mot écrit ou prononcé pouvant être interprété de manière à provoquer la chute de son auteur dans la Chine de Mao. Et quand, comme le narrateur, vous venez d’une famille pas franchement révolutionnaire, il y a de quoi craindre que des personnes mal intentionnées déforment vos propos.

la réforme de l'opéra de pékin renouardEt pour le coup, il a bien raison de s’inquiéter notre narrateur puisque lorsqu’il nous raconte cette histoire, il est déchu depuis longtemps, victime du grand ménage consécutif à la mort de Mao en 1976. Les huit opéras modèles qui formaient le canon révolutionnaire ont depuis longtemps été mis au placard. Le seul espoir qui lui reste, c’est d’être réhabilité comme tant d’autres avant lui, même après sa mort s’il le faut.

Ce très court roman (75 pages avec des marges de la taille du Grand Canyon) a été primé cette année par l’exigeant prix Décembre et je comprends à peu près pourquoi : dans un style aride mais élégant, Maël Renouard évoque le difficile positionnement de l’artiste par rapport au pouvoir – un choix amusant pour celui qui a été pendant plusieurs années la plume de François Fillon. Malheureusement, l’ensemble reste bien trop hermétique à quiconque n’a pas fait de thèse sur la Révolution Culturelle : les notations historiques succinctes et les discussions sur les valeurs des oeuvres chinoises classiques m’ont laissé plus que perplexe, et j’avoue que cette tranche de l’Histoire ne m’intéressant pas plus que ça je n’ai pas eu la curiosité de fouiller. Quelques passages moins érudits surnagent tout de même, notamment une fin très ironique qui rapprocherait La Réforme de l’opéra de Pékin d’un conte de Voltaire dans sa façon de se moquer des aléas du pouvoir.

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