A qui la faute ? de Sophie Tolstoï

leon et sophie tolstoi

Suite à la publication en 1891 de la Sonate à Kreutzer, un court roman de son mari Léon dont je parlais il y a quelques jours, Sophie (ou Sofia) Tolstoï écrit son seul et unique roman : A qui la faute ? Celui-ci se veut une réponse au texte très pessimiste de Tolstoï et est construit en miroir par rapport à celui-ci : l’histoire est presque la même, celle d’un couple dont le mariage va se révéler désastreux, se concluant par la mort de l’épouse, malgré l’amour qui unissait au départ les deux conjoints. Mais si Tolstoï permettait au mari de livrer à la première personne sa vision de l’histoire, Sophie va plutôt adopter le point de vue de la femme, Anna. Logique, puisqu’elle semblait considérer que le roman de son mari était inspiré par leur relation à eux.

tolstoi à qui la fauteL’histoire est sans surprises puisqu’elle reprend les éléments vaudevillesques de la Sonate, et l’intérêt principal du roman est donc l’inversion totale de la vision de l’amour et du mariage qu’il propose. Si le héros de Tolstoï considère que l’amour n’est que l’expression du désir sexuel, ce qui le rend éphémère, Anna idéalise l’amour, qu’elle voit comme une relation purement spirituelle. Elle qui ne sort jamais sans emporter son exemplaire des Méditations poétiques de Lamartine mourra sans avoir compris le sens de l’aspect charnel de l’amour – y compris avec celui qui pourrait être son amant, mais à qui elle se refuse de céder pour sauvegarder sa pureté.

Le roman de Tolstoï est un texte qui heurte, pas franchement agréable dans la mesure où le héros est constamment au bord de l’explosion, d’accès de folie cynique, mais un texte dense, qui a de quoi interpeller. Sophie Tolstoï tombe dans un excès inverse et, à mon goût, plus désagréable : Anna est la représentante d’un romantisme un peu mièvre et au final, Sophie Tolstoï transforme un drame plutôt poignant en un petit roman sentimental dont la lecture n’est certes pas désagréable mais qui ne me laissera pas des souvenirs impérissables. En tout cas, si comme me le disait Polina il y a quelques jours, en Russie on n’a que deux choix, être cynique ou être romantique, il est amusant de constater que les époux Tolstoï incarnent chacun une de ces visions du monde.

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Illustration : Léon et Sophie Tolstoï en 1902
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One Comment

  1. mon ancienne copine Agatha Juliane d’origine britannique conseillerait le réalisme réaliste : après avoir lu ton post nous ne lirons pas le roman de la femme de Tolstoï :nous préférons Dostoveïsky et Tsvetaïeva ou Limonov

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