Les Erections américaines d’Amanda Sthers

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Le 14 décembre 2012, Adam Lanza, 20 ans, tue sa mère par balle puis se rend à l’école élémentaire de Sandy Hook où il ouvre le feu. En dix minutes , il abat 26 personnes puis se suicide.

Lorsqu’Amanda Sthers découvre ce fait divers à la télé, elle ne peut s’empêcher de penser qu’un de ses enfants a l’âge de ceux qui ont été tués par Lanza. Elle devient obsédée par cette histoire, qui lui semble être un symbole des dysfonctionnements de la société américaine. Après avoir fait quelques recherches, elle décide de partir enquêter sur place et réserve un vol pour New-York.

Je ne vais pas y aller par quatre chemins car j’ai perdu suffisamment de temps à la lecture, inutile d’en gaspiller plus en écrivant un long article : comme son titre digne des Grosses Têtes le laisse supposer, les Erections américaines est un des pires bouquins de la rentrée.  Par où commencer ?

érections américainesD’abord, même si Amanda Sthers a la prétention d’enquêter, sa démarche est risible. L’essentiel de son voyage aux USA se résume à faire un peu de tourisme à New-York, à une centaine de kilomètres des lieux du drame. Amanda va au théâtre, rencontre un ex avec qui elle passe la nuit, va en boîte… Elle qui se targue d’écrire une étude de la société américaine a du mal à s’extraire de son petit nombril.

Et quand elle vise plus haut, c’est pire. La thèse défendue ici, et qui justifie le titre, est que chaque tueur du genre d’Adam Lanza est en réalité un être profondément frustré sexuellement. Le flingue qu’il utilise est un substitut phallique. Oui, j’ai oublié de vous dire que le père d’Amanda Sthers est psy. Du coup, les références abondent (Freud, Lacan, Derrida, « Moi aussi j’ai lu Tocqueville » – ah bon, c’est bien) et elle se considère comme légitime pour aborder un tas de sujets concernant la société américaine. Le nombre de clichés qu’elle enfile et de fausses vérités qu’elle assène comme si elle avait découvert l’eau chaude est tout simplement prodigieux. Parmi mes phrases préférées, il y a  » La grosse pomme est pleine de jolies blondes qui me toisent, c’est une grande course vers l’espoir phallique » mais aussi « La cocaïne, c’est Twitter ». Je n’aime pas trop sortir les phrases de leur contexte mais rassurez-vous, même avec le reste du paragraphe c’est complètement idiot. Amanda Sthers est tellement sûre d’elle-même qu’elle fait même un peu d’humour de temps en temps : « Les nuances (en dehors des 50 de Grey) ne sont pas l’étendard américain. » Ce qui est un peu con, c’est qu’elle m’a plus fait rire quand elle essayait d’être sérieuse…

Mais, au bout du compte, ça pourrait simplement être un roman-enquête raté et indigent, rien de bien grave. Cependant j’ai à vrai dire été un peu chatouillé face à la prétention de la démarche d’Amanda Sthers qui est là « pour sauver des fantômes » et ressent l’écriture de ce minable petit bouquin comme une nécessité vitale. Ce qui est gênant, c’est la façon dont elle s’empare de l’histoire personnelle de Lanza, qui n’est connue que de manière très parcellaire, pour en faire de courts chapitres censés nous éclairer sur la psychologie du tueur mais qui sont finalement particulièrement voyeuristes et malsains. Elle se rend compte de son erreur lorsqu’elle se rend à Newton pour voir la maison de Lanza : ça n’a pas de sens, elle n’a aucune légitimité pour se faufiler dans les failles de cette histoire et regarder par le trou de la serrure. Dommage que la prise de conscience n’ait pas été totale et qu’Amanda Sthers se soit malgré tout lancée dans ce projet sans queue ni tête.

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10 Comments

    • En effet j’avais lu le billet de Tête de lecture… Et quelques autres tout aussi négatifs. Mais quand je l’ai vu à la bibli, je me suis dit que ça ne coûtait rien d’essayer puisque je n’avais jamais lu de roman d’Amanda Sthers. On ne m’y reprendra plus !

  1. En même temps, tu n ‘as qu’à t’en prendre à toi-même. A. Sthers, m’enfin, qu’est-ce qui t’a pris ? !!!!

    • Tu fais bien !
      Je me rends compte que le fond m’a tellement agacé que je n’ai même pas fait gaffe à l’écriture elle-même. C’était peut-être un moyen de détourner l’attention.

  2. Je n’en ai lu qu’un seul d’elle (Madeleine) pour essayer comme toi. Jamais oh grand jamais on ne me reprendra à ouvrir un des ces livres : creux, clichés à fond. Totalement inutile

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