Monde sans oiseaux de Karin Serres

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Petite Boîte d’Os est venue au monde dans un petit village nordique, au bord d’un grand lac qui pourvoit à tous les besoins de la communauté mais peut se révéler meurtrier lorsque ses eaux montent. Elle grandit entre son père pasteur, sa mère attentionnée et son frère taquin jusqu’à la brutalité, trouve l’amour en la personne d’un ancien villageois revenu d’un voyage de plusieurs années, lui donne un petit garçon… Monde sans oiseaux est son histoire, de sa naissance à la fin de sa vie, et celle de son univers, proche du nôtre mais nimbé d’onirisme.

monde sans oiseauxIl y a en fait plusieurs romans en un seul dans Monde sans oiseaux : d’un côté, une rêverie crépusculaire, sorte d’éloge romantique de la vie dans un village de pêcheurs coupé du monde, complètement étranger à la grande ville de l’autre côté des montagnes, de l’autre un drame social ; au milieu, un peu d’anticipation avec ces cochons transgéniques qui se baladent partout et évidemment la disparition des oiseaux, une belle histoire d’amour tragique, un roman familial aussi. Bref, un sacré monceau de pistes envisagées et de fils qui se croisent sans jamais que l’un prenne le dessus sur l’autre, au point que Monde sans oiseaux finit par perdre complètement sa route, incertain quant au chemin à emprunter – une des plus belles idées, celle qui voit Petite Boîte d’Os essayer d’imaginer ce que pouvait être le monde quand les oiseaux existaient, est d’ailleurs à peine exploitée.

C’est d’autant plus dommage que l’écriture est poétique, sans emphase et réellement pleine de petites trouvailles discrètes qui réchauffent un peu le décor glacé. Mais à force de vouloir empiler sans créer de lien entre elles les images ésotériques  (animaux fluorescents, cimetière sous-marin…), Karin Serres finit par donner l’impression que tout est trop recherché, trop artificiel là où j’aurais aimé pouvoir me couler dans un imaginaire fluide et cohérent.


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Pas mal d’avis enthousiastes sur ce premier roman : chez Stephie, Noukette, Aiffelle, Sylvie S.… qui m’ont toutes donné envie de le lire même si au bout du compte je partage plutôt l’avis de Sandrine.
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6 Comments

  1. Ça fait plaisir de constater qu’on n’est pas seul à passer à côté de quelque chose :-) Parce que oui, beaucoup de lecteurs ont vraiment aimé ce texte, loué sa poésie et son mystère… alors dans ces cas-là, je commence souvent à me dire que j’ai lu trop vite… ou que j’ai voulu mettre dans ce livre ce que j’aurais voulu y voir sans l’écouter vraiment… ou… ou… (oui, j’ai une grande capacité à m’interroger…). Mais voilà maintenant, nous sommes au moins deux 😉

    • Oui, c’est toujours rassurant d’être au moins deux ! La dernière fois que ça m’est arrivé c’était sur Kinderzimmer et j’avais vraiment l’impression d’être tout seul 😀

    • Malgré tout, comme le dit Sandrine au-dessus, les avis sont généralement positifs… Enfin si ça ne te tente pas a priori, ça n’est sans doute pas la peine de s’y risquer.

  2. Voilà qui me fait égoïstement plaisir à lire. J’ai eu l’impression que l’auteur était ici complètement passée à côté des possibilités de son récit. Tout allait trop vite, elle ne prend le temps de s’attarder ni sur ses personnages (dépeints en trois coups de pinceaux), ni sur son univers (de même). Ça m’a donné une impression d’univers dystopique peu abouti pour une histoire qui aurait pu être tellement plus marquante si on avait donné la possibilité à ses petits recoins sombres de se développer en plein jour… Tant pis. Mais ça ne m’empêche pas de me demander pourquoi les récits de SF les moins aboutis et les moins bons du genre (cf « La balade de Lila K. ou encore, plus récemment, « Le rire du grand blessé ») sont ceux qui sont encensés par les non-lecteurs de SF (qui ne réalisent peut-être pas les potentiels incroyables du genre?)…

    • En effet, j’ai l’impression qu’ici l’incohérence est prise pour de la poésie alors qu’il y avait tellement plus à imaginer à partir des premières pistes offertes par ce « monde sans oiseaux »… A vrai dire j’ai même du mal à le prendre pour un texte de SF (dont je ne suis pourtant pas un grand lecteur) tant l’ensemble manque d’aboutissement. En tout cas c’est toujours agréable, en effet, de voir qu’on n’est pas seul :)

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