BD : Rimbaud l’indésirable de Xavier Coste

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On connaît tous par bribes la vie hors du commun de Rimbaud : l’enfance étriquée à Charleville, la fuite à Paris pour rencontrer Verlaine avec qui il part à Londres et en Belgique, la mort frôlée de près lorsque son amant lui tire deux balles de revolver dans l’épaule, l’abandon de la poésie à vingt-et-un ans et le départ pour l’Orient puis l’Afrique où il mène une vie d’aventurier. La mort, enfin, à trente-sept ans, des suites de l’amputation d’une jambe gangrénée.

Conscient tout de même de mes lacunes en la matière, j’étais enthousiaste à l’idée d’apprendre deux ou trois choses en plus sur la vie de Rimbaud sans pour autant me plonger dans une des biographies-sommes de Claude Jeancolas ou Jean-Jacques Lefrère (paresse, j’écris ton nom…). L’album de Xavier Coste représente bien un petit condensé biographique, du premier voyage à Paris à la mort de Rimbaud, qui satisfera ceux qui ne connaissent le poète que de loin.

L.10EBBN001932.N001_RIMBAUDin_C_FRL’auteur rappelle avec force l’anticonformisme de cet « indésirable » qui parvient à s’attirer l’animosité de tout ce que Paris compte de poètes, pas assez bohèmes à son goût. Quelques scènes de confrontation avec ceux-ci, apparemment bien documentées, donnent une bonne partie de son sel à cet ouvrage qui, de manière générale, s’éloigne assez peu des grandes étapes attendues et des anecdotes connues de tous.

Rimbaud y apparaît tout simplement détestable, petit freluquet imbu de sa personne, et Coste ne parvient pas à lui donner la profondeur suffisante pour nuancer ce jugement. Dans une bonne moitié de l’album, le vrai héros semble être Verlaine dont les hésitations et les remords à l’égard de sa femme offrent une matière bien plus riche. L’auteur semble embarrassé par Rimbaud et lui préfère son aîné. Celui-ci réalise à quel point sa vie s’est enlisée dans le confort petit-bourgeois qu’il redoutait, et la présence de Rimbaud le pousse à bousculer toutes les conventions. Il abandonne sa femme, trouve le courage de vivre son amour avec « le Rimbe » presque en plein jour – bien que Coste évoque leur relation charnelle avec pas mal de pudibonderie. Je me doute que ce genre de projet a aussi pour but de se retrouver dans tous les CDI de France mais sans verser dans l’érotisme il aurait été possible de ne pas se limiter à un bisou et un gros câlin…

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Quoi qu’il en soit, au bout d’un moment Verlaine disparaît forcément du paysage : c’est le départ en Afrique. Là, le dessin qui était déjà fort brouillon (certains décors, comme l’Hôtel de ville en flammes pendant la Commune, semblaient simplement extraits d’un carnet de croquis) devient carrément hideux. Anguleux, hésitant, avec une palette de couleurs jaunâtres proprement immonde censée évoquer l’écrasante chaleur. Xavier Coste peine à élaborer une narration convaincante pour retracer en une trentaine de pages une errance de près de vingt ans. L’album s’enlise, ne parvenant pas à conserver de profondeur psychologique après la disparition de Verlaine – à qui est d’ailleurs offerte la toute dernière page, comme un aveu : il aurait peut-être été plus fécond d’écrire un Verlaine plutôt que ce Rimbaud.

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Sophie était bien plus positive, notamment en ce qui concerne le trait de Xavier Coste.
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4 Comments

  1. Ce doit être intéressant de découvrir RImbaud sous cet oeil, en tout cas les vignettes choisies donnent envie de s’y plonger 😉 ! Il me semble cependant qu’il est très difficile de donner de la profondeur à un héros sur le format BD…Seule la saga « Lanfeust de Troye » était parvenue à m’attacher aux personnages, dans ma jeunesse collégienne.:D

    • C’est sans doute plus difficile en effet, surtout dans le cas d’un album isolé. Cela dit, là je lis une autre BD, sur Verlaine, dans un style assez étonnant car très éloigné du dessin semi-réaliste habituel pour les biographies BD… Et je trouve ça beaucoup plus intéressant ; le dessin non-réaliste permet paradoxalement de faire passer beaucoup plus de choses.

      Pour ce qui est de s’attacher aux personnages, l’autre paradoxe je trouve c’est qu’en BD il n’est pas forcément nécessaire de leur donner beaucoup d’épaisseur pour que ça fonctionne (il n’y a qu’à voir les grands héros que sont Spirou ou Tintin). Pour Lanfeust, je ne saurais pas me prononcer, j’en ai lu quelques-uns également quand j’étais au collège mais j’en ai peu de souvenirs…

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