Embuscade à fort Bragg de Tom Wolfe

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A Fort Bragg se trouve un camp d’entraînement militaire, et la ville qui l’entoure est entièrement réservée à la détente des Rangers. On y trouve une avenue presque uniquement composée de bars à strip-tease et de boîtes de nuit. Dans un de ces tripots, un jeune soldat, Randy Valentine, est retrouvé mort, passé à tabac par plusieurs de ses camarades. Apprenant que Randy était gay, le producteur de télévision Irv Durtscher cherche à faire éclater la vérité dans cette affaire que l’administration militaire tente d’étouffer. Une fois les suspects trouvés, il va leur tendre un piège destiné à être diffusé dans son émission phare, Day & Night.

Embuscade à Fort Bragg commence sur les chapeaux de roue, alors que le piège est déjà en place. Le bar préféré des trois suspects, des rednecks écervelés, a été truffé de caméras et de micros, et Irv, épaulé par la présentatrice de son émission, Mary Cary Brokenborough, épluche les bandes afin de débusquer une confession. Constitué de quatre courts épisodes qui se lisent à toute vitesse, le roman décortique les coulisses de l’émission jusqu’à sa diffusion évènement.

embuscade-a-fort-bragg-2687872-250-400Le discours de Tom Wolfe sur cette aventure médiatique est assez ambigu. Le début du roman nous présente bel et bien les trois soldats comme des abrutis homophobes, sans doute coupables de l’assassinat de Randy Valentine, à la fois glaçants dans leur façon de penser archaïque et violente, et hilarants par leur langage rustre que Mary Cary qualifie de « roumain rural ». Il faut d’ailleurs saluer le talent de Benjamin Legrand qui traduit à merveille les borborygmes des trois idiots. Mais si leur culpabilité ne semble faire au départ aucun doute, le moment de la confrontation avec Mary Cary leur permet, dans un sursaut d’éloquence, de renverser la situation. Magie du différé, Irv Dutscher va tout de même parvenir par des effets de montage à les accabler. On ne saura finalement pas si la preuve de leur participation au crime est tangible ou une simple arnaque télévisuelle. En donnant aux trois soldats un droit de réponse qui les fait passer pour des héros et relègue au second plan leur homophobie, Wolfe nous place dans une situation embarrassante.

Car le sujet de Tom Wolfe n’est pas l’homophobie dans l’armée. Il s’intéresse surtout aux procédés malhonnêtes d’Irv Durtscher et son besoin de reconnaissance, lui qui reste dans l’ombre de sa présentatrice star, qui exerce une attirance infinie sur lui et qu’il déteste pour cela. Son enquête n’est qu’un prétexte pour attirer l’attention sur lui, bien qu’il s’en défende en prétendant se battre pour les droits des homosexuels. Wolfe s’amuse à manipuler ce personnage veule et pathétique, terrorisé par les trois jeunes Rangers et perdu dans ses rêves de gloire, et en fait un parfait symbole du cynisme égocentrique de ceux qui font la télévision.

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