Les Oubliés de Christian Gailly

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Je n’avais jamais lu de roman de Christian Gailly, auteur pourtant réputé qui nous a quittés à 70 ans en octobre dernier. Cette lacune est désormais réparée puisque je viens de terminer un de ses derniers romans, Les Oubliés. Ca fait toujours drôle de découvrir un auteur juste après son décès, d’autant plus quand, comme ici, le roman traite de sujets douloureux comme la vieillesse, l’oubli et la mort.

Plus précisément, ces oubliés dont parle le titre, ce sont ces personnalités plus ou moins célèbres à une époque qui ont soudain disparu des radars. Deux journalistes, Albert Brighton et Paul Schooner, en ont fait leur fonds de commerce : ils rencontrent et interviewent des artistes perdus de vue. Ils appellent leurs escapades aux quatre coins de la France des « missions ». Lorsqu’ils partent interviewer Suzanne Moss, une ancienne violoncelliste, ils ignorent que cette mission sera leur dernière. Car Paul va trouver la mort dans un bête accident de voiture, remettant en question l’avenir d’Albert.

Christian Gailly - Les oubliésLes Oubliés traite de la façon dont Albert va gérer le deuil de son ami. Entre perte de repères totale et besoin d’honorer sa mémoire, il va se voir confronté à la réaction de la famille de Paul – sa veuve refuse de dire la vérité à ses enfants et prétend que leur père est parti en voyage – et prendre conscience de sa propre terreur de la mort. Le seul moyen, pour lui, de tourner la page est de terminer l’oeuvre entreprise avec Paul : l’interview de Suzanne Moss.

On l’accompagne donc dans son petit périple intérieur, dans un style heurté qui épouse parfaitement les contours de sa pensée d’Albert. Les phrases sont entrecoupées, hachées, comme sa vie coupée en deux par le drame. Ce parti pris stylistique a de quoi déstabiliser au départ, mais il s’impose vite comme une évidence : pour retranscrire le flux de la conscience, ces à-coups valent bien mieux que d’interminables monologues intérieurs comme on en lit parfois. Le seul défaut des Oubliés est peut-être, paradoxalement, sa pudeur et sa délicatesse : l’impression qu’il laisse est fugace et même si la poésie de Christian Gailly laisse rêveur, il ne laisse pas une profonde marque.

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Illustration en en-tête : Dante immergé dans le Lethé, détail d’une gravure de Gustave Doré
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2 Comments

  1. Ce n’est sûrement pas l’endroit approprie, mais je profite de mon passage pour te souhaiter de joyeuses fêtes, avec un bec et des palmes !

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