Indignation de Philip Roth

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Puisque Philip Roth a décidé de cesser d’écrire et que sa décision semble irrévocable, il ne nous reste plus qu’à remonter le cours de son oeuvre, qui est déjà bien imposante. Plus ou moins au hasard, j’ai jeté mon dévolu sur Indignation, un de ses derniers romans.

On retrouve, au début, les lieux et éléments familiers de nombreux romans de Roth : Newark, la communauté juive, l’hôpital Beth Israel… Mais le narrateur, Marcus Messner, cherche justement à s’échapper de ce qui est devenu un enfer depuis qu’il a commencé ses études et que son père, qui tient une boucherie kasher, s’est mis à le harceler de questions sur ses activités extra-scolaires. Etouffé par l’inquiétude de son père qui vire à la paranoïa, il s’inscrit dans une petite université perdue de l’Ohio, où il compte bien rester suffisamment longtemps pour ne pas être appelé à combattre dans la guerre qui fait rage en Corée.

indignationRoth élabore une variation très intéressante sur le canevas du roman de campus, quasiment un sous-genre à part entière du roman d’apprentissage pour les auteurs américains (et pas si facile à maîtriser : un maître comme Eugenides s’y est tout récemment cassé les dents avec son Roman du mariage). Tous les ingrédients y sont : fraternités aux activités louches, étudiantes séduisantes, découverte de l’amour, coturnes renfrognés… Mais l’humour de Roth et son style cru mettent un bon coup de pied dans ces clichés (il est notamment question de la mise à sac masturbatoire – disons-le ainsi pour ne pas trop en dévoiler – d’une chambre) et l’ensemble s’avère réjouissant.

Surtout, on reconnaît des thèmes chers à Roth, qu’on retrouve jusque dans Nemesis, son dernier roman. Celui-ci était censé être une grande réflexion sur les origines du mal et sur la fatalité – contre laquelle les héros de Roth se rebellent, pour tomber encore plus bas. Nemesis était à mon goût trop superficiel, Indignation m’a paru plus fouillé, avec sa chute d’une cruauté telle qu’il m’a semblé entendre Roth ricaner derrière moi.

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