10 romans pour 2013

platypus d'or

Le foie gras de Noël digéré et le champagne du jour de l’an éclusé, il est temps pour moi de suivre la plupart de mes camarades blogueurs en vous souhaitant, pour commencer, une excellente année 2014 et en vous proposant ensuite un petit retour sur l’année qui vient de s’écouler. Une année riche en littérature pour moi avec 166 livres au compteur et surtout l’ouverture de ce blog à la fin de l’année. J’ai également lu beaucoup plus de nouveautés qu’à mon habitude et j’ai découvert un grand nombre d’auteurs – grâce, en partie, à ma nouvelle manie de traîner sur un tas de blogs. Voici donc mon palmarès des livres sortis en France en 2013.

manuel de survie à l'usage des incapables10. Manuel de survie à l’usage des incapables de Thomas Gunzig. Des loups-garous, des désirs sexuels plus ou moins bien refoulés, une bataille rangée, le tout dans un univers proche du nôtre… Rien, mais alors rien à voir avec Twilight, rassurez-vous : Thomas Gunzig signe une satire délicieuse de notre société de consommation, sans bien-pensance ni moralisme déplacé.

manger beauvais9. Manger de Marie-Odile Beauvais. Beau roman épicurien et gourmet qui nous rappelle à quel point la nourriture peut-être le catalyseur de tous les sentiments humains. Certes, l’heure est au régime détox pour éliminer les excès des fêtes, mais vous seriez vraiment fous de ne pas reprendre un peu de chapon demi-deuil.

le-linguiste-etait-presque-parfait-de-david-carkeet-940852680_ML8. Le linguiste était presque parfait de David Carkeet. J’ai horreur des polars et par dessus tout des whodunit, ceux dans lesquels on est invité à mener l’enquête en même temps que le personnage principal. Et pourtant, David Carkeet a réussi à me passionner avec son histoire de meurtre dans un institut de recherche linguistique, un huis-clos foutraque dans lequel le héros doit, pour se disculper d’un crime qu’il n’a pas commis, sonder la profonde complexité des rapports humains au sein de son groupe de collègues, et l’ambiguité de tout acte de communication entre adultes dont la réception altère toujours le contenu. Drôle, extrêmement bien construit, encore une excellente nouveauté de la maison d’édition Monsieur Toussaint Louverture.

Muette-EricPessan7. Muette d’Eric Pessan. Une adolescente en révolte contre ses parents, qui décide un beau matin de fuguer… Le postulat de départ sent bon l’Eau Précieuse et les cris émis par une voie en mue mais Pessan en fait un très beau conte, rêveur et évocateur. Une très bonne surprise pour un roman qui ne m’attirait pas beaucoup au départ.

97910901750756. Bérénice 34-44 d’Isabelle Stibbe. Un des derniers romans lus en 2013, plongée passionnante malgré quelques bémols dans la vie culturelle fourmillante de l’avant-guerre à Paris et dans un épisode embarrassant de l’histoire de la Comédie Française.

il-pleuvait-des-oiseaux-9782207116104_0saucier5. Il pleuvait des oiseaux de Jocelyne Saucier. Une photographe parcourt le Canada à la recherche de survivants du Grand Feu de Matheson, un incendie meurtrier qui a ravagé l’Ontario en 1916. Elle rencontre au fin fond de la forêt Tom et Charlie, qui viennent d’enterrer Ted, leur voisin et ami, mort de sa belle mort à plus de 90 ans et qui laisse derrière lui des centaines de tableaux énigmatiques représentant le Grand Feu. Les deux hommes sont méfiants et secrets ; ils finiront pourtant par ouvrir leur communauté à la photographe et à Marie-Desneige, une vieille femme dont la vie a été volée par sa famille qui l’a internée alors qu’elle n’avait que seize ans. Contemplatif, brumeux, une méditation poignante sur la liberté, y compris à l’heure de la mort qui occupe une place dominante dans les pensées de ces écorchés.

patrolin-montée des cendres4. La Montée des cendres de Pierre Patrolin, un jeune auteur de 56 ans qui s’est fait remarquer il y a deux ans avec la Traversée de la France à la nage : tout était dans le titre – nage en rivière, nage en fleuve, nage en canal – et ce sur 700 pages. Il y a encore pas mal d’eau dans la Montée des cendres puisque ce second roman nous plonge dans un Paris presque dystopique, gris, pluvieux (encore plus qu’en vrai, je veux dire) et menacé par une crue record. Au milieu de ce triste tableau, un homme qui chaque jour lutte pour ramener chez lui quelques bricoles combustibles : papier journal, bois de cagette glané en fin de marché, épluchures de légumes… Avec pour seul intérêt l’odeur du feu et l’éclat des flammes. Un roman profondément sensoriel, parmi les plus surprenants de l’année, le genre de livres qui rassure : la littérature avance encore.

tanguy viel la disparition de jim sullivan3. La Disparition de Jim Sullivan de Tanguy Viel. Ma première rencontre avec cet auteur qui depuis ne cesse de m’enthousiasmer. Une réflexion brillante sur les particularités et les clichés du grand roman américain tel que le font, de nos jours, Philip Roth, Paul Auster ou Don DeLillo entre cent autres, absolument salvatrice à l’heure de l’uniformisation des cultures.

sorj-chalandon-le-quatrieme-mur2. Le Quatrième Mur de Sorj Chalandon. On en a entendu parler jusqu’à la nausée, peut-être plus encore que du Goncourt, donc je n’en rajoute pas de peur d’écoeurer ceux qui ne l’auraient pas encore lu : ce serait bien dommage. Les autres peuvent toujours retourner lire l’article consacré.

parabole du failli trouillotEt le Platypus d’or est attribué à… Parabole du failli de Lyonel Trouillot. Lequel ne cesse de me poser problème puisque face à un roman pareil tous les mots semblent ridiculement plats – oui, c’est poétique, certes c’est beau, effectivement ça touche au sublime mais quoi ? Allez, disons juste qu’entendre une larme tomber sur le papier d’un bouquin, ça ne m’est pas arrivé suffisamment souvent pour dépasser le nombre de doigts d’une seule main. Et que presque six mois après ma lecture, je suis bien incapable d’expliquer le prodige. En 2014, vous avez donc plus qu’intérêt à lire ce roman très injustement oublié parmi les nombreuses sorties de la rentrée, qui nous emmène à Port-au-Prince où un jeune comédien à la présence magique tente de réenchanter la ville et de prendre la misère des autres sur ses épaules, au risque de s’effondrer.

Et puis comme les classements de fin d’année, c’est trop mignon, trop gentillet et que j’aime bien jouer les Père Fouettard, je décerne le Platypus de plomb du pire roman de l’année à cette chère Amanda Sthers dont j’ai lu avec effroi, souvenez-vous, Les Erections Américaines. A mardi pour le bilan musical de l’année !

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15 Comments

    • J’ai hâte de lire ton article sur Le linguiste ! Il fait partie des romans que j’ai envie de relire juste pour en faire une chronique complète sur le blog…

  1. L’heure des bilans…
    Je n’ai lu que les 10 et 3 (excellents romans, d’accord), d’autres me plairaient bien aussi (et le 1, franchement, ça me titille, cet enthousiasme!)

    • J’espère que tu auras l’occasion de le lire 🙂 J’ai eu la chance de l’avoir un peu avant sa sortie et j’espérais vraiment le voir partout dans la presse et sur les blogs… J’ai été très déçu de voir qu’il était passé complètement inaperçu !

  2. Je n’ai rien lu de toute ta sélection (évidemment, serais-je tenté d’ajouter…) même si Muette traîne depuis peu dans ma PAL et que Le linguiste, Jim Sullivan et Il pleuvait des oiseaux me tentent beaucoup.
    Bien entendu, le Trouillot m’intrigue, désormais 😉

  3. Nous n’avons aucun titre en commun pour ce bilan… Ceci dit, je note quelques références pour alourdir ma PAL.
    Meilleurs vœux Professeur.

  4. Je n’ai lu que les deux premiers de ton top. Preuve que j’ai beaucoup de goût moi aussi 😉

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