Le voleur d’enfants de Jules Supervielle

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Même si je connaissais Jules Supervielle, dont j’ai lu il y a quelques années les très beaux recueils Gravitations et Débarcadères, j’ignorais complètement qu’il avait écrit autre chose que de la poésie. Tomber sur un de ses romans à la bibliothèque a donc immédiatement attisé ma curiosité et je l’ai emprunté sans hésiter. Pour la petite histoire, et puisque je me suis renseigné depuis Supervielle a écrit plusieurs romans et recueils de nouvelles, et même quelques pièces de théâtre… Qui seront peut-être le sujet d’un prochain article ; mais pour l’heure voyons ce Voleur d’enfants dont le titre annonce l’essentiel : le colonel Philémon Bigua, originaire d’Amérique du Sud, dont la femme est stérile, est pourtant à la tête d’une tribu de trois garçons. Le roman commence lorsqu’il s’apprête à en voler un quatrième, presque sous les yeux de sa nounou, devant un grand magasin parisien.

Le nouveau venu découvre avec nous les us de sa nouvelle famille, et la révolte laisse vite place à une certaine joie : la vie que lui offre le colonel est en tous points meilleure à celle qu’il vivait avec sa mère. Car Bigua ne vole pas des enfants au hasard : un peu comme les d’Hubières de Maupassant, il se considère comme un bienfaiteur qui arrache les enfants à une destinée funeste, que ceux-ci vivent avec des parents peu aimants ou soient livrés à eux-mêmes et obligés de vivre dans la rue.

supervielle-voleur d'enfantsLa moralité de la démarche est douteuse mais Supervielle s’en embarrasse si peu que l’on ne se pose pas longtemps de questions : en quelques chapitres, le principe est largement accepté. Car ce qui intéresse l’auteur, c’est le dernier désir de Bigua : avoir une fille. Par chance, voilà un pauvre homme, alcoolique, qui a découvert son petit trafic et veut lui confier la sienne, certain qu’elle aura plus de chances de réussir sa vie ainsi. Mais l’arrivée d’une jeune fille sur le point de se transformer en femme va bouleverser l’univers clos mis en place par le colonel dans son grand appartement parisien.

Tout cela est si curieux et tiré par les cheveux qu’on peut soit se dire que Supervielle a voulu faire un conte plutôt qu’un roman (le plus jeune des enfants a d’ailleurs quelque chose du Petit Poucet), soit qu’il a dû griffonner ça un soir où il ne parvenait pas à mettre sur pied ses poèmes. J’ai oscillé, au cours de ma lecture, entre les deux positions, un peu déçu, surtout, de ne pas retrouver la grâce exceptionnelle du poète chez le romancier. Le Voleur d’enfants n’est donc pas le meilleur moyen de découvrir Supervielle, et ce qui m’a le plus intéressé est en fait de me demander ce que cette histoire révélait de sa psychologie : une telle histoire ne peut qu’évoquer sa vie, lui qui a perdu ses parents très jeune et a été élevé par un oncle en Uruguay – sans même savoir qu’il n’était que son fils adoptif . Même s’il est toujours délicat de faire ce genre de lecture, il me paraît difficile de ne pas voir dans le personnage du colonel une figure du père fantasmée par Supervielle.

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3 Comments

  1. Le titre semblait pourtant pas mal accrocheur, j’espère que ta prochaine lecture sera moins décevante en ce début d’année !

    • A vrai dire il s’agissait de la dernière de 2013, mais malheureusement 2014 n’a pas non plus commencé de manière pétaradante de ce côté-là 🙂

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