Esprit d’hiver de Laura Kasischke

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Pour ma première lecture de 2014, je n’ai pas fait dans l’original : j’ai lu tout au long de l’automne une foule d’articles sur le dernier Laura Kasischke, qui allaient de la déclaration d’amour enflammée (beaucoup l’ont cité parmi les meilleurs romans de 2013) aux aveux de la plus totale incompréhension. Peut-être est-ce pour cette raison que j’ai eu l’impression de déjà tout connaître de cet Esprit d’hiver, de son atmosphère froide et inquiétante. Ou peut-être parce que tout est déjà dit dans la phrase qui trotte dans la tête de Holly lorsqu’elle se réveille le jour de Noël : Quelque chose les avait suivis depuis la Russie jusqu’à chez eux. Quelque chose qui a donc forcément à voir avec sa fille adoptive, Tatiana, venue d’un orphelinat de Sibérie. Au fil de la journée, le comportement de celle-ci deviendra de plus en plus énigmatique, confinant à la folie voire à la sorcellerie. Et, puisqu’il neige dehors au point d’obliger tous les invités du déjeuner de Noël à se décommander, Holly va bien devoir faire face aux sautes d’humeur de son adolescente.

J’ai découvert Laura Kasischke cette année, comme beaucoup je crois, avec la sortie en poche des Revenants. J’avais trouvé ce roman admirable par la façon dont Kasischke se jouait des codes du roman de campus tout en interrogeant notre rapport à la mort. On retrouve dans Esprit d’hiver une ambiance similaire, mais la comparaison s’arrêtera là : Esprit d’hiver est aussi plat que les Revenants était dense et douloureusement fascinant.

esprit-d-hiver,M119310La première critique que j’ai pu lire de ci de là, et à laquelle je ne peux qu’adhérer, est l’aspect très répétitif du roman. La mère et la fille sont engluées dans un ballet mécanique dans lequel les réactions supposément imprévisibles de Tatiana deviennent redondantes et perdent donc beaucoup de leur effet. Et au quinzième aller-retour du salon à la chambre en passant par la salle de bain, il est difficile de ne pas se lasser. Même si le principe du huis-clos est indispensable à un final qui rebat toutes les cartes du jeu, j’ai également trouvé regrettable que des personnages secondaires au fort potentiel (le mari d’Holly, son couple d’amies et leur petite fille) ne soient, par la force des choses, que très peu exploités.

Ce qui m’a le plus gêné, cependant, est l’impression d’une absence totale de direction de l’ensemble. Les Revenants nous parlaient de la mort et le roman tournait autour de cette idée de manière quasi-obsessionnelle, proposant une réflexion riche et profonde. Ici, Laura Kasischke part dans tous les sens : veut-elle nous parler de la notion d’hérédité, du lien filial, plus généralement de la famille ou même, de manière beaucoup plus simple, des petites hypocrisies quotidiennes de la société contemporaine ? Difficile de trancher et le morcèlement du propos empêche Kasischke de proposer quoi que ce soit de novateur concernant ces sujets. Reste alors une belle ambiance languide et angoissante, mais même là j’ai trouvé que l’ensemble relevait plutôt du cliché, jusqu’à cette fin qui m’a évoqué les films à twist d’un Shyalaman – dans lesquels le rebondissement ultime censé redoubler l’intérêt du scénario ne fait en général que rendre le tout particulièrement fumeux. Une déception donc, mais je ne compte pas en rester là et j’espère retrouver dans de précédents romans de Kasischke l’acuité que j’avais appréciée dans les Revenants.

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10 Comments

  1. Tu me rassures en disant que tous les romans de Kasischke ne sont pas pareils. Je n’ai pas choisi son meilleur roman pour la découvrir.
    Attention tu as une phrase tronquée (tout en.) dans ton second paragraphe

    • Oups ! C’est corrigé, merci beaucoup 🙂
      Ce serait dommage, en tout cas, de s’arrêter à celui-là. Je conseille encore une fois les Revenants. De mon côté j’ai Un Oiseau blanc dans le blizzard dans ma PAL, on verra s’il transforme l’essai…

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