BD : L’Amour infini que j’ai pour toi de Paulo Monteiro

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Avant de se consacrer uniquement à la bande dessinée, Paulo Monteiro a été décorateur et costumier pour des spectacles d’ombres chinoises et de marionnettes, archéologue, professeur de géographie ou encore commissaire de plusieurs expositions d’art contemporain. Un parcours étonnant qui explique peut-être la multiplicité des styles qui parcourent l’Amour infini que j’ai pour toi, petit album de dix chapitres – qu’on pourrait appeler des nouvelles graphiques – qui composent une sorte de journal psychique fourmillant, créé dans la douleur comme l’indiquent les extraits du journal de Monteiro, en fin de volume, dans lequel l’auteur exprime toutes ses difficultés à accoucher de la moindre case.

amour-couvIl faut dire qu’à lire l’Amour infini que j’ai pour toi, on mesure le courage de l’auteur à aller fouiller en lui pour extraire les sujets de ces courtes histoires. Il y a, pour commencer, les pages purement autobiographiques consacrées à son père, dont le vieillissement est un crève-coeur, et à son grand-père. Mais le plus frappant, ce sont les nouvelles plus métaphoriques, celles qui le métamorphosent en pendu, en soldat de la Grande Guerre ou en un avatar kafkaïen qui, à défaut de se métamorphoser, vit avec une blatte géante qui lui rappelle sa condition de « morceau de viande pourrissant ». Certaines pages provoquent un réel malaise – comme l’indique la citation d’un critique portugais en quatrième de couverture, « bien que ces histoires aient la forme d’un livre, elles sont assurément le visage d’un homme », et il est presque gênant de pénétrer aussi loin dans son intimité et dans sa pensée. 

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L’ensemble est donc loin d’être gai et peut même se révéler très morbide, mais il est difficile, quand bien même on serait rebuté par les thèmes choisis, de rester indifférent à la beauté du dessin. Chaque vignette, qui occupe en général une demi-page, est un véritable travail d’orfèvre, que Monteiro choisisse la plume, le lavis ou le fusain. Volontairement ou non, l’auteur y fait entrer nombre de références, les scènes de guerre évoquant celles d’Otto Dix tandis que des passages plus tendres rappellent Chagall. J’ai également pensé à Masson, Kahlo, Picasso… C’est dire la richesse du graphisme de Monteiro qui signe ici un album véritablement hors du commun, qu’il faut absolument lire si vous aimez la bande dessinée qui sort des sentiers battus.

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5 Comments

  1. J’avais lu ce livre assez étonnant chez un proche. Je n’ai pas encore pris le temps d’en faire une chronique mais ce fut une lecture « choc ».

  2. Oh, j’étais passée à côté de cet article (comme de bien d’autres, je n’étais à jour sur rien ces derniers temps.) Tu me donnes vraiment envie de découvrir cette BD qui n’a pas l’air ordinaire, en effet !

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