La Ville dont le prince est un enfant d’Henry de Montherlant

La_Mala_Educacion

Dramaturge et romancier à succès, élu à l’Académie sans même avoir posé sa candidature, auteur d’un cycle romanesque, Les Jeunes Filles, vendu à des millions d’exemplaires, Henry de Montherlant est depuis son suicide en 1972 tombé dans un oubli relatif. De son roman, on n’entend presque jamais parler ; de son théâtre, on évoque parfois la tragédie La Reine morte et de La Ville dont le prince est un enfant, pièce ébauchée dès 1912 mais publiée en 1951, puis remaniée plusieurs fois, succès immédiat qui vaut à Montherlant d’être sollicité par la Comédie Française alors qu’il rechigne à la faire représenter sur scène.

La Ville dont le prince est un enfant est un drame qui se déroule dans un environnement que Montherlant a souvent mis en scène, influencé en cela par ses souvenirs de jeunesse : un collège de garçons catholique. Trois personnages suffisent à l’intrigue, même si quelques autres passent parfois en coup de vent : deux élèves, Souplier et Sevrais, coupables d’entretenir une amitié particulière – comme on le dit pudiquement en littérature – et l’abbé Pradts qui, fasciné par sa fraîcheur et sa nonchalance, cherche à protéger Souplier, pourtant fort mauvais élève, contre vents et marées.

la ville dont le prince est un enfant montherlantAdmirateur des modèles classiques et antiques, Montherlant brode à partir de ce sujet anecdotique une pièce aux allures de tragédie. Servais et l’abbé se disputent les faveurs de Souplier, prétextant son élévation morale, tout en faisant face à un dilemme opposant leur passion aux périls qu’elle engendre (le risque d’être exclu pour Servais, le risque de perdre son statut pour l’abbé). La pièce devient petit à petit plus politique, et même si les enjeux sont moindres, elle évoque certaines tragédies feutrées comme Bérénice. Le cadre et l’ambiance générale, très surannés, empêchent cependant la Ville de faire transparaître l’intemporalité des passions comme pouvait le faire Racine.

La Ville est donc une pièce qui a, malheureusement, déjà beaucoup vieilli. Cependant, qu’elle ait connu le succès est une chose, sans doute compréhensible, qu’elle n’ait provoqué aucune polémique en est une autre. Peut-être est-ce parce que, depuis des années, l’actualité est saturée d’affaires de pédophilie impliquant des ecclésiastiques, mais la relation trouble entre l’abbé et Souplier a de quoi déranger. Montherlant, au moment de la sortie, s’inquiétait d’ailleurs de la façon dont les autorités religieuses allaient réagir ; curieusement, elles ne se sont pas arrêtées sur l’aspect charnel du désir de l’abbé mais semblent l’avoir vu comme un guide spirituel intransigeant mais  juste. Curieuse façon de fermer les yeux sur un texte qui, s’il était monté aujourd’hui, déchaînerait sans doute les foudres de certains.

platypus fullplatypus fullplatypus fullplatypus grayplatypus gray

Challenge-classiqueCe billet est publié dans le cadre du challenge « un classique par mois » de Stephie.  Pensez à visiter son blog et ceux des autres contributeurs du défi !
Sur le même thème :

3 Comments

  1. Je ne sais pas pourquoi je fais l’association, mais parmi les livres moins connus de Saint-Exupéry, il y a « Citadelle » qui se distingue par de belles leçons universelles. Peut-être que vous aimerez !

  2. J’avais (re)lu le texte après avoir vu la pièce au théâtre Hébertot, avec Christophe Malavoy dans le rôle du prêtre.
    Même si l’étudiant de Zweig est plus âgé que le Souplier de Montherlant, quant à moi j’ai tendance à associer cette pièce avec « La confusion des sentiments« .

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *