Une journée d’Ivan Denissovitch d’Alexandre Soljenitsyne

goulag

Publié en 1962, Une journée d’Ivan Denissovitch est le premier roman d’Alexandre Soljenitsyne et reste un des plus connus. Conçu dès le début des années 1950, alors que Soljenitsyne est détenu à Ekibastouz (dans l’actuel Kazakhstan), il revient, comme l’Archipel du goulag, sur son séjour dans les camps de travail de l’URSS de Staline. Une journée d’Ivan Denissovitch n’est pas, pour autant, un témoignage ou un récit autobiographique puisque Soljenitsyne n’y apparaît pas mais met en scène un personnage inspiré d’un ancien compagnon d’armée, Ivan Denissovitch Choukhov. Dans le roman, celui-ci a été condamné à dix ans de goulag pour avoir été fait prisonnier par les allemands pendant la guerre – sa capture, suspecte, ayant été considérée comme une désertion.

denissovitchEn une journée, nous découvrons donc ce qu’est la captivité dans un camp de travail soviétique : le froid, la maigreur des repas, les abus d’autorité constants des gardes… Un tel texte est donc avant tout un document historique indispensable concernant les conditions de vie des zeks, les prisonniers des goulags. Au-delà de ce simple intérêt documentaire, Soljenitsyne parvient à donner un souffle à son texte – narré dans le style fruste et truffé d’incorrections de Choukhov, paysan de son état – grâce à l’humanité qui se dégage des relations entre prisonniers. Ceux-ci sont organisés en brigades au sein desquelles la solidarité est de mise, leur comportement collectif conditionnant la façon dont ils sont traités. Une journée d’Ivan Denissovitch est donc une belle histoire de fraternité, dans laquelle les plus faibles et les nouveaux arrivants sont protégés par les plus endurcis, d’autant plus touchante que tous les comparses de Choukhov sont des personnages réels, les compagnons d’infortune de Soljenitsyne eux-mêmes.

On ne saura d’eux, à peu de choses près, que leur présent : le goulag engloutit tout, la possibilité d’évoquer son passé comme celle de s’imaginer un futur. Sortiront-ils au bout des dix ou des vingt-cinq ans auxquels ils ont été condamnés, mourront-ils avant, leur peine sera-t-elle rallongée ? La question ne se pose même pas : si Soljenitsyne choisit de ne raconter qu’une journée de la vie au goulag, c’est justement parce que cette journée est tout ce qu’ont les prisonniers. Ni hier, ni demain : plus que la faim, plus que le froid et le travail inutile sans cesse recommencé, c’est cette disparition du passage du temps qui use les nerfs et peut conduire au désespoir. Soljenistsyne retranscrit à merveille cette immobilité, tout en composant une oeuvre alerte, pimentée par la vivacité d’esprit de Choukhov. 

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7 Comments

    • Je pense que mes souvenirs vont s’évaporer assez vite aussi… C’est le problème des romans dont l’ambiance et le propos sont basés sur une certaine monotonie.

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