La Tête de l’emploi de David Foenkinos

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Avez-vous déjà lu du Foenkinos ? Moi, oui : La Délicatesse il y a quelques années, et j’avais juré qu’on ne m’y reprendrait pas. Et, poussé par cette incontrôlable fascination pour le vide qui me pousse, parfois, à lire du Amanda Sthers ou à regarder Confessions intimes,  j’ai replongé. Voilà, je viens de refermer la Tête de l’emploi et je me sens étrangement creux, sans doute un peu plus idiot qu’avant, en tout cas avec une estime de moi carrément en baisse. J’aurais dû regarder Confessions intimes, au moins ça peut être cruellement drôle, alors que la seule chose qui m’ait fait rire dans ce roman c’est la fin de la quatrième de couverture qui qualifie Bernard, le héros du roman, de « Buster Keaton post-moderne ».

Buster Keaton post-moderne. Je vous laisse savourer la trouvaille.

J’espère que les éditions J’ai lu, qui publient Foenkinos, ont conscience que la personne qui a écrit cette quatrième de couverture a un potentiel énorme. Qu’elles vont lui proposer un contrat en or massif. Bernard, héros de Foenkinos, Buster Keaton post-moderne. Et oui, ma bonne dame, vous pensiez juste vous offrir un petit plaisir à bouquiner dans le RER ou dans votre chalet au ski mais non, pensez à l’univers de possibles que vous offre cette extraordinaire formule. Essayez de la comprendre (et expliquez-la moi, s’il vous plaît). Laissez-vous emporter par la promesse qu’elle contient. Et c’est tout. N’ouvrez pas le livre. Relisez juste la quatrième. Surtout, n’ouvrez pas le livre. Jamais. Jurez-le moi.

foenkinos tête de l'emploiD’ailleurs, pour être sûr que vous n’ayez pas envie de l’ouvrir, je vais vous raconter la fin : Bernard rencontre Sylvie au cours d’un dîner organisé par ses parents spécialement pour le caser. Comme lui, elle a récemment perdu et son boulot et son conjoint. C’est – presque – le coup de foudre. Deux jours, deux semaines ou deux mois plus tard (c’est flou, j’ai lu vite, mais en tout cas après un délai bien trop rapide pour être crédible), elle lui propose de reprendre la quincaillerie de ses parents, en ajoutant un rayon sex-toys. Et paf, en deux coups de cuiller à pot, Bernard a de nouveau une compagne et un emploi (et des sex-toys à volonté, mais manifestement il s’en fout alors que, hé, c’est quand même un avantage non négligeable).

Parce qu’il faut vous dire que ça a mal commencé pour lui : clairement, chez Foenkinos, ça a beau être le monde des Bisounours, c’est aussi la crise.  Du coup Bernard a été viré de son travail, qu’il faisait pourtant fort bien malgré une certaine tendance à l’invisibilité. Et là-dessus, sa femme lui a avoué qu’elle ne l’aimait plus – il l’a même aperçue avec un autre homme. Bref, la grosse déprime mais Foenkinos sait bien que ce n’est pas ça qu’on veut, non, son lecteur-type il veut pas qu’on lui balance de la crise et du chômage sinon autant lire un journal, donc paf, deux cents pages de grosse lose et on boucle vite fait avec un happy-end. Ce qui n’est pas sans rappeler Buster Keaton. Non ? Bon.

Après tout, moi, on m’a rien demandé mais si je devais réécrire la quatrième, je garderais évidemment post-moderne pour son côté sérieux, un peu mystique, mais je mettrais Bénabar à la place de Buster Keaton. Foenkinos, Bénabar post-moderne. Voilà. On y est. Les a-t-on déjà vus ensemble, d’ailleurs, ces deux-là ? Je suis prêt à vous parier que c’est comme Superman et Clark Kent ou Zorro et Don Diego de la Vega. Même humour consensuel, même amour de la banalité… La seule différence c’est que chez Foenkinos, on ne chante pas, on cause. Même, non, surtout quand on n’a rien à dire. Et dans ces cas-là, il existe quelque chose de très utile : les points de suspension. Pas au milieu d’une phrase, ou à la fin, non, juste des points de suspension. Foenkinos ne peut pas écrire une page sans qu’un de ses personnages ne s’exprime par de simples points de suspension. Soit c’est la preuve qu’il est une sorte de Beckett néo-pop, soit c’est le signe d’une pauvreté stylistique tout à fait inquiétante. Ou bien il s’agit d’une sorte d’hommage au cinéma muet de Buster Keaton.

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12 Comments

  1. Je crois sincèrement qu’il y a rien de plus horrible en lecture que de refermer un livre et se sentir vide, que ce soit le récit ou le style qui épuise ou quelque chose qui nous remue au point que l’on a l’impression d’en perdre sa valeur. En pleine crise, faudrait un petit ouvrage de bonne humeur non ? 🙂

  2. Et voilà, comme ça c’est fait, j’ai lu le dernier Foenkinos ! Je connais même la fin, en trois minutes chrono, c’est parfait, et en plus c’est drôle (la chronique, pas le livre !)

  3. Mince, il est dans ma PAL. J’ai tout de même un petit espoir parce que La délicatesse, je n’avais pas détesté. Je me suis arrêtée dans ta chronique à  » Je vais vous raconter la fin » mais je reviendrai lire la totalité après lecture du livre et qui sait, je pourrais peut-être t’expliquer pourquoi le personnage est un héros  » Buster Keaton post-moderne ». Enfin, il ne faut pas rêver.

    • Ce n’est pas si éloigné que ça de la Délicatesse, donc il y a une chance pour que ça te plaise… Tu me diras pour l’expression ; pour être honnête je pense voir de quoi il est question mais je trouve le décalage entre la pédanterie de la formule et l’absence de prétention du bouquin tout à fait tordant…

  4. Bon, je n’ai pas lu ton paragraphe sur la fin, vilain. Moi j’ai aimé « La Délicatesse », ai ri avec « Le potentiel érotique de ma femme » et celui-ci est sur ma PAL. Du coup, j’ai hâte de le lire et de pouvoir revenir lire ton excellent billet en entier.

    • Je te souhaite une bonne lecture alors !
      Je n’ai pas lu le Potentiel érotique de ma femme mais je pense m’arrêter là concernant Foenkinos… Et d’un autre côté je vois ce que ses romans peuvent avoir de sympathique mais impossible pour moi d’y adhérer… Du coup je préfère rentrer dedans, c’est toujours plus drôle 🙂

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