Messe noire d’Olivier Barde-Cabuçon

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Messe noire est la deuxième aventure du « commissaire aux morts étranges ». Ce héros aux traits tout à fait séduisants mais absolument impénétrables (comme il se doit) évolue dans le Paris du XVIIIe siècle, flanqué de son père, moine défroqué et scientifique un brin en avance sur son temps puisqu’il a percé les mystères de l’inconscient tel que l’a théorisé Freud et découvert l’intérêt des empreintes digitales dans les enquêtes policières, mais aussi d’une sulfureuse et trouble jeune femme, Hélène, qui a semble-t-il été particulièrement bien dotée par la nature et va donc, comme il se doit encore une fois, essayer de séduire les deux hommes. Tout ceci pour dire que dès la présentation des personnages j’avais compris que ça allait être complètement con.
Mais bon, c’est un polar, alors la question reste : quel os ces flics de génie vont-ils avoir à ronger ?

messe-noireLe roman s’ouvre sur la découverte, dans un cimetière, d’une jeune fille décédée au cours d’un rite satanique. Le commissaire, tout en se chamaillant avec son père (lequel est très occupé à essayer de sauter Hélène), va donc devoir retrouver ses assassins, qui pourraient bien être très haut placés. La Cour tremble. Elle est bien la seule. Côté satanisme, on reste dans du vague, du bien light hormis quelques détails sexuels censés émoustiller le lecteur – on relira plus volontiers Huysmans. L’enquête, elle, rebondit péniblement au gré de clichés aberrants. Il sera question d’enfants cachés, de meurtres maquillés en suicides, de personnages qui font croire à leur propre mort… Le noeud de l’intrigue est au final minimaliste, et l’auteur se démène pour trouver des solutions pour rallonger la sauce : le commissaire ne semble pas très sportif et laisse systématiquement échapper ses suspects, son père est si préoccupé par la gent féminine qu’il en foire toutes ses observations. Les fausses pistes sont cousues de fil blanc, et à aucun moment la moindre ombre de suspense ne se profile.

Au niveau du style, c’est extrêmement scolaire ; on cite avec raideur Diderot ou Ptolémée une fois de temps en temps pour faire bonne figure, on aligne bien les comparaisons et les métaphores convenues… C’est d’un ennui mortel. Voyez plutôt :

Arrivé au cimetière, le commissaire aux morts étranges gravit le monticule habillé d’un blanc manteau immaculé. La neige recouvrait désormais d’un voile de pureté ces lieux blasphémés dans la nuit. L’air lui piquait les poumons de mille aiguilles glacées. Une gaze légère semblait s’étirer pour envelopper les tombes d’un voile laiteux.

Messe noire fait partie d’une famille de romans assez rare : ceux qui réussissent à m’irriter, à me faire jurer et à me donner l’envie d’envoyer une lettre d’insultes à l’éditeur. Heureusement que je sais me tenir.

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