Catch 22 de Joseph Heller

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« L’ennemi, c’est quiconque t’envoie à la mort, de n’importe quel côté qu’il soit. »

Voilà, en quelques mots, la philosophie de Yossarian et de ses camarades, pilotes de bombardiers, basés pendant la seconde guerre mondiale sur l’île de Pianosa en Italie. D’où la haine qu’ils nourrissent à l’égard de leurs supérieurs et la constante rivalité qui les anime. C’est à qui réussira à se faire porter pâle le plus longtemps, en simulant qui une maladie du foie, qui un trouble mental. Seul problème : l’introduction de l’article 22, ce fameux « Catch 22 » ‘qui, depuis le grand succès du roman dès 1961, est devenu une expression courante en anglais pour désigner une double contrainte. Celui-ci stipule que tout soldat considéré comme fou ne peut être envoyé au feu ; cependant, un soldat qui craint d’aller au feu prouve ainsi qu’il est sain d’esprit. Impossible, donc, d’échapper au combat, d’autant plus que les aviateurs sont entourés par une bande d’officiers sadiques et manipulateurs qui ne cessent de changer les conditions requises pour prétendre à la fin de son service.

catch 22Cette « entourloupe » 22, comme le traduit Brice Mathieussent, ainsi que toutes les autres vexations et humiliations que subissent les soldats, expliquent que l’ensemble de la garnison soit composé de personnages constamment sur le fil entre raison et folie. Certains pensent que l’ennemi allemand leur en veut personnellement, d’autres prédisent la façon dont ils vont mourir. En dehors de scènes fortes où jaillit toute la violence de la guerre, le ton est pourtant loin d’être au témoignage pesant : Catch 22 est avant tout une satire proche de la farce, pleine d’un non-sens réjouissant. Les gradés, surtout, font les frais de moqueries féroces, comme le Major Major Major (c’est  son nom, son prénom et son grade) qui, par lâcheté, n’autorise les hommes à entrer dans son bureau que quand il est sorti, ou le Lieutenant Scheisskopf dont la seule préoccupation est constituée par les parades dominicales qu’il tente d’élever au rang d’art, malgré la mauvaise volonté des soldats à défiler en rythme, et ce en dépit de la récompense accordée aux plus impliqués :

« Le meilleur peloton de chaque groupe gagnait un fanion jaune fixé à une hampe, objet parfaitement inutile. Le meilleur peloton de la base gagnait un fanion rouge fixé à une hampe plus longue, objet encore plus inutile étant donné que la hampe était plus lourde et plus encombrante à trimballer toute la semaine. »

Il va de soi que l’humour est ici au service d’attaques des plus sérieuses contre la raideur de la bureaucratie, l’absurdité  de la guerre et contre la notion de sentiment patriotique lui-même. Oeuvre de référence des citoyens américains s’opposant à la guerre du Vietnam dans les années 60, Catch 22 n’a sûrement pas la même résonance pour un lecteur français ; ce premier roman de Joseph Heller est cependant une oeuvre d’une grande maîtrise, et la galerie de personnages qu’il fait défiler fait de Catch 22 une lecture aussi amusante qu’édifiante.

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L’en-tête est un détail d’une illustration de couverture dessinée par Jonathan Southgate. Vous pouvez la voir en entier sur sa page Cargo, aux côtés de quelques autres très beaux travaux.

 

Challenge-classiqueCe billet est publié dans le cadre du challenge « un classique par mois » de Stephie.  Pensez à visiter son blog et ceux des autres contributeurs du défi !

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3 Comments

  1. Un classique, en effet! Avec un découpage intéressant (cela dure combien de temps?), les informations sur certains événements arrivant au fil du roman.

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