La Duchesse de Langeais d’Honoré de Balzac

duchesse de langrais 1941

Qui sont donc les Treize, cette société secrète déjà entraperçue dans Ferragus et qui donnent leur nom à ce que Balzac concevait comme une trilogie ? « Assez forts pour se mettre au-dessus de toutes les lois, assez hardis pour tout entreprendre, et assez heureux pour avoir presque toujours réussi dans leurs desseins », ils sont surtout des as de la discrétion : même dans les romans qui leur sont consacrés, ils n’apparaissent guère…

Voyez plutôt l’histoire de la Duchesse de Langeais, deuxième volume de cette trilogie : M. De Montriveau, fascinant personnage revenu de tout, officier glorieux de l’armée napoléonienne, explorateur des coins les plus reculés de l’Afrique, s’éprend d’Antoinette de Langeais, une duchesse dont l’esprit et la beauté sont loués dans tout Paris. Jouissant d’une grande liberté grâce à un mari absent et peu regardant, Antoinette va pouvoir se permettre de jouer pendant plusieurs mois au chat et à la souris avec Montriveau, qu’elle aime confusément mais à qui elle ne veut pas céder. Elle ne découvrira que bien tard, lorsque son déshonneur sera venu, qu’on ne se joue pas impunément d’un homme comme celui-ci.

duchesse de langeais Si Ferragus comptait quelques passages dignes d’un roman-feuilleton populaire, sur lesquels planait l’énigme des Treize, la Duchesse de Langeais n’a véritablement plus rien à voir avec ce que l’on pourrait attendre d’un roman mettant en scène une société secrète. Si énigme il y a, elle se trouve uniquement au début, lorsque Montriveau débarque sur l’île qui abrite le couvent où s’est réfugiée la Duchesse après sa chute. Il l’a cherchée pendant des années avant de la retrouver sur ce rocher au milieu de la Méditerranée, et apparaît comme une sorte d’Ulysse raté, pas même récompensé pour toutes ses souffrances et ses efforts. De ce début extrêmement romantique – dans tous les sens du terme, les reliefs déchirés de l’île se mariant parfaitement à la mélancolie rageuse de Montriveau –  découle une seule question : quelle histoire a pu mener à un tel naufrage amoureux ?

Le long retour en arrière qui s’amorce alors n’a plus rien à voir avec l’atmosphère presque gothique du premier chapitre : la Duchesse de Langeais est avant tout un portrait de femme ample, dense et précis, s’appuyant moins sur les ressorts de l’intime que sur une analyse plus globale des comportements de l’aristocratie sous la Restauration. La Duchesse est ainsi une mine d’informations historiques, retraçant l’histoire de la noblesse parisienne de la Révolution Française à la mort de Charles X. On repassera pour le romantisme échevelé… D’autant plus que, si Montriveau nourrit bel et bien une passion brûlante pour la duchesse, les enjeux qui la préoccupent quant à elle sont plus abstraits : il s’agit avant tout de religion et de dignité. Ainsi, malgré quelques scènes marquantes qui ont peut-être émoustillé les lectrices de l’époque, comme celle où Montriveau fait attacher Antoinette pour pouvoir enfin lui parler en toute liberté, la Duchesse de Langeais reste tout du long un roman extrêmement feutré, trop éthéré pour être charmant et qui, comme Ferragus, souffre de la tension entre le projet initial de Balzac – l’Histoire des Treize –  et les chemins empruntés par la suite.

platypus fullplatypus fullplatypus fullplatypus grayplatypus gray

 

Parmi les nombreuses adaptations de ce roman (dont Ne touchez pas la hache de Jacques Rivette), j’ai choisi celle de 1941 pour illustrer ce billet : vous voyez ici le détail d’une des affiches du film, qui semble être un monument de kitsch et me tente beaucoup…
Challenge-classiqueCe billet est publié dans le cadre du challenge « un classique par mois » de Stephie. Pensez à visiter son blog et ceux des autres contributeurs du défi !
Sur le même thème :

3 Comments

  1. J’en avais pris note il y a longtemps dans mes livres « à lire » après avoir adoré « Le Père Goriot » de Balzac, mais celui-là semble-t-il sera moins prenant ?

    • On est bien loin du Balzac du Père Goriot en effet (dont je suis un inconditionnel) et je ne le recommanderais qu’à ceux qui ont déjà lu les plus « grands » romans de la Comédie humaine… Si tu n’es pas plus familière que ça de l’oeuvre de Balzac, il me semble qu’il y a bien plus intéressant à lire avant : les Illusions perdues, la Cousine Bette, le Colonel Chabert…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *