Le Théorème du homard de Graeme Simsion

Prenez un type socialement inadapté, et par là-même absolument incapable d’entretenir une relation suivie avec une femme – disons même, tiens, qu’il est presque puceau. Dotez-le de traits de caractère et de manies antipathiques, tout en le montrant de temps en temps sous un meilleur jour pour le rendre attachant. Il pourra par exemple être un esprit brillant ou se montrer régulièrement désireux d’améliorer ses capacités sociales. Un savant mélange des personnages de Woody Allen dans les années 70 et du Sheldon de The Big Bang Theory fera l’affaire si vous manquez d’inspiration.

Pendant que votre type mijote, prenez une fille tout aussi paumée, mais a priori totalement incompatible avec notre homme. Elle sera à l’aise en société mais craindra de s’engager en amour, refroidie par une rupture douloureuse ou l’exemple déchirant de ses parents. Elle sera quelque peu mal élevée, peu cultivée, aura la langue bien pendue et une légère tendance à la provocation.

Trouvez un prétexte pour les faire se rencontrer, alternez accrochages et moments d’intimité, adoucissez leurs personnalités par petites touches jusqu’à rendre envisageable une vie commune ; bisou, dispute, réconciliation, ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants. Voilà, vous avez écrit votre comédie romantique.

homardDésolé de vous spoiler ainsi la fin du Théorème du homard mais la lecture de la quatrième de couverture vous aurait de toute façon mis la puce à l’oreille : le schéma est extrêmement classique et la progression de l’ensemble ne contient aucun secret. Graeme Simsion, qui pensait au départ écrire un scénario (le livre va d’ailleurs être adapté au cinéma, ce qui n’a rien d’étonnant) suit ici une recette assez éculée et ce n’est pas là que réside l’intérêt qu’on pourra trouver au Théorème du homard, dont les grosses ficelles pourraient agacer.

Car la véritable bonne idée de Graeme Simsion est le prétexte qui permet à Don, généticien vraisemblablement touché par le syndrome d’Asperger, de côtoyer Rosie, simple barmaid : puisqu’elle cherche à identifier son père, dont elle sait seulement qu’il a couché avec sa mère le soir de leur remise de diplôme, il va partir avec elle à la chasse à l’ADN. Cette petite aventure, qui les conduit à jouer de nombreux rôles et à quadriller l’Australie est la partie la plus réjouissante du roman, pimentée par les difficultés de Don à avoir l’air « normal » – à ce titre il faut préciser que même si Simsion se sert des caractéristiques du syndrome d’Asperger pour faire de Don un personnage farfelu et amusant, alors que le syndrome peut être réellement handicapant, il le fait avec un regard tendre et touchant.

On n’échappe pas à quelques passages gravement mièvres mais dans l’ensemble le Théorème du homard est un petit roman tout ce qu’il y a de plus honorable, nourri par des modèles indépassables auxquels il fait régulièrement référence (d’où, si ce n’est du Annie Hall de Woody Allen, pourrait venir ce homard ?), parfaitement recommandable à ceux qui veulent, lorsqu’ils choisissent un roman, avant tout de la détente.

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4 Comments

  1. Les comédies romantiques ne sont pas dans mes cordes d’habitude, mais il faut bien dire que ton billet donne envie…

    • Très franchement, moi non plus, en tout cas pas en termes de lecture (au cinéma, pas de problème). La dernière fois que j’ai lu une vraie comédie romantique avant celle-ci ça devait être le journal de Bridget Jones 😀 Je ne le défendrais pas bec et ongles mais j’ai passé un moment agréable, parfois c’est tout ce qui compte…

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