Fan man de William Kotzwinkle

fan man- big lebowski

L’autre jour, mec, j’étais dans ma turne, je cherchais à attraper un bouquin sans faire tomber une des piles venues tout droit de la bibliothèque, je passe tout en revue, mec, Chevillard Franzen Balzac Oates, Kotzwinkle ouais mec, pourquoi pas, c’est Pharefelue qui me l’a recommandé, j’attaque, je plonge, terrible, mec, tout de suite je sens AAAAAAUUUUUUUUUUMMMMMM que la musique du Fan Man s’accorde à la note de mon dalaï-lama intérieur, je suis barré loin, mec, comme si j’avais fumé une bonne dose de papaye médicinale cultivée par des paysannes virginales des hauts plateaux afghans. Un sacré voyage, mec.

Si le style de cet affligeant pastiche (on fait ce qu’on peut) vous crispe (mec), sachez que vous n’êtes pas faits pour Fan Man. Ce roman culte des années 70, traduit en français il y a quelques années seulement, est tout entier porté par le style plus que personnel de Horse Badorties, sorte de hippie dégénéré à mi-chemin entre le héros de la Conjuration des Imbéciles et du Dude de The Big Lebowski. Si vous trouvez ça plutôt amusant, sachez que le roman l’est bien plus et que les aventures de Horse, qui cherche à organiser un concert de charité remettant sur le devant de la scène des chants médiévaux oubliés depuis des siècles, devraient vous combler.

fan man couvCar sous ses airs de délire sans fond, Fan Man a tout de l’épopée homérique ou, à défaut, de la cavale quichottesque. Certes, les grandes scènes de bataille mettent en scène Horse contre les piles d’ordures qui emplissent son appartement ou contre des ventilateurs géants, et les seules sirènes qui le détournent de son chemin sont son appétit fulgurant pour les hot-dogs et une tendance générale à l’hyperactivité. Mais son cheminement erratique à la recherche de tous les outils indispensables à la réussite de son concert (un bus scolaire pour le transport, des ventilateurs portatifs aux propriétés quasi mystiques qui doivent servir de diapason…) se lit comme une grande aventure, au cours de laquelle on  pourra croiser tout ce que New York compte de paumés et de représentants de modes de vie alternatifs au début des années 70.

Au-delà des grandes lignes, Fan Man fait partie des romans extrêmement difficiles à raconter tant chaque page regorge de petits détails loufoques qui en font le sel, et tant le style est indissociable du propos. Raconté dans un style proche du stream of consciousness cher aux écrivains anglais du début du siècle, Fan Man dynamite ce dispositif narratif souvent complexe et en propose une réactualisation jouissive. Le roman fête cette année ses quarante ans mais reste, comme Horse Badorties, d’une fraîcheur désarmante. Si tu ne sais pas quoi lire, mec, tu sais ce que tu as à faire.

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2 Comments

  1. J’avais finalement abandonné mon blog peu de temps après cette proposition de lecture … honte à moi. J’avais plutôt apprécié ce roman étrange, assez difficile à décrire comme tu le dis si bien, dont le style loufoque avait accompagné de multiples découvertes musicales (à l’époque, je fréquentais un certain gratin lyonnais très calé en matière de musiques alternatibes; et je me rappelle avoir lu Fan Man en écoutant notamment Animal collective, et d’autres, assise dans les fauteuils oranges de la BM à Lyon.) Ce côté très barré et cette sorte d’antihéros à la croisée d’Ignatius et de Godot m’avaient bien plu … ! Mais ton article rend bien mieux hommage à ce roman que je n’aurais su le faire. Chapeau. ^^

    • Si le Fan Man vivait de nos jours, sûr qu’il écouterait Animal Collective, d’ailleurs ! Ca lui irait comme un gant…
      Du coup, longtemps après, je te remercie pour le conseil ! Et si l’inspiration te reprend, je serai ravi de te lire à nouveau 🙂

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