The Discomfort Zone (La Zone d’inconfort) de Jonathan Franzen

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Il n’y a sans doute rien de plus banal que les sentiments éprouvés par chacun à l’adolescence. Tout le monde ou presque pourra y aller de sa petite anecdote montrant combien cette période lui a semblé être celle de la solitude, de l’incompréhension et de l’impression d’être foncièrement différent des autres. Ironiquement, le recul des années permettra de prendre conscience que cette expérience de la dissemblance est peut-être la chose la plus partagée au monde, et que deux stratégies seulement en découlent : forcer le trait et se démarquer des autres par tous les moyens possibles, ou s’astreindre à se fondre dans un moule stéréotypé pour obtenir l’approbation d’un groupe. Cette période incertaine se trouve au centre des mémoires de Jonathan Franzen, écrits entre ses deux derniers romans, Les Corrections et Freedom. Bien loin de l’auteur auréolé du National Book Award, Franzen retrouve ici le jeune adolescent à l’étroit dans la maison familiale du fin fond du Missouri, état du Midwest quelque peu conservateur. Les deux frères aînés sont partis le plus loin possible de parents étouffants qui ne comprennent pas leur mode de vie, laissant leur cadet sans modèle auquel se référer.

franzen-discomfort zoneRien de plus banal, donc, que les grandes étapes de l’adolescence de l’auteur. Trop couvé, premier de la classe aux airs de nerd, ignorant totalement les choses du sexe, puisant dans la lecture de Snoopy – dont l’adulte fait une analyse d’une grande profondeur qui donne envie de redécouvrir l’oeuvre de Schulz – de grands principes de vie, le jeune Jonathan flirte sans arrêt avec la Mort Sociale, l’humiliation et le rejet. Lui qui avoue sans complexes avoir été un enfant extrêmement narcissique, obsédé par la réussite (scolaire avant tout), finit pourtant par trouver sa place, d’abord au sein d’une association animée par l’église locale, qui évoque plus la colonie de vacances que le catéchisme grâce à la figure débonnaire de Bob Mutton, l’animateur démesurément cool qui semble refonder à lui tout seul le catholicisme – Franzen insiste d’ailleurs largement sur son côté christique, le sacrifice en moins, et le chapitre qui lui est consacré est particulièrement savoureux. Plus tard, il y aura un petit groupe d’amis avec lequel Franzen organisera des canulars de grande ampleur dans un chapitre aux airs plutôt clichés de série télé de campus.

Un tel récit serait donc sans grand intérêt sans la patte de Franzen, qui tient, ne lui en déplaise, plus de l’humour désabusé de Droopy que de Snoopy.  Si le sujet – lui-même – l’invite à plus d’indulgence que lorsqu’il croque les personnages de ses romans, il ne s’épargne pas pour autant quelques traits acides.  Il faut aussi souligner les ressemblances entre la famille de Franzen et celle qui est au centre de son plus beau roman, les Corrections : la maladie du père, la fuite des enfants aux quatre coins de l’Amérique, loin du Midwest natal, la solitude de la mère face à son vieillissement et ses tentatives de ressouder la famille éclatée… Les Corrections atteignaient cependant une profondeur que n’a pas The Discomfort Zone, peut-être justement parce que le passage par la fiction permettait une absolue honnêteté. Ces courts mémoires, ainsi, intéresseront avant tout ceux qui sont déjà conquis par le style de Franzen et veulent un autre éclairage sur son oeuvre ; les autres feront mieux de se tourner vers le roman, un des plus beaux de notre époque.

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