Le Livre des êtres imaginaires de Jorge Luis Borges

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Peut-être cela vous a-t-il échappé mais le blog sort aujourd’hui d’une assez longue période de dormance pendant laquelle je n’ai pu lire, en vue des oraux d’un concours, que des ouvrages sur l’économie, les politiques culturelles, le management en bibliothèques et autres joyeusetés que je n’ai pas très envie de chroniquer par ici pour des raisons évidentes (notamment parce que j’ai envie de conserver un ou deux lecteurs). Pas le temps, pendant tout un mois, d’ouvrir un roman ou quoi que ce soit qui ressemble de près ou de loin à une lecture de détente, sauf un petit livre parfait pour les circonstances, dans lequel j’ai pu picorer pendant mes pauses : le Livre des êtres imaginaires de Borges, qui se présente comme un dictionnaire rassemblant une vaste liste de créatures forgées par l’esprit humain depuis l’Antiquité.

livre des etres imaginaires - borges - couvOn y croise des animaux qui on traversé l’imaginaire collectif jusqu’à notre époque, du dragon aux Centaures en passant par les Elfes . Borges compile les légendes qui leur sont associées, n’oubliant jamais en bon bibliothécaire de lister les sources dans lesquelles il puise, accumulant les variantes qui font de chaque article un véritable bonheur, derrière chaque créature dormant une foule de mythes insoupçonnés. Si vous pensez savoir ce qu’est un Basilic, par exemple, sachez que l’image que l’on en a ordinairement – celle d’un serpent immense au regard mortel – est extrêmement limitée par rapport à l’ensemble des légendes qui s’y rapportent.

On rencontrera également des bêtes moins familières, souvent fascinantes, comme le Myrmécoleo, le Lion-Fourmi dont l’origine remonte à une traduction hasardeuse de la Bible, l’Escarboucle, petit animal qui porte sur sa tête un miroir aussi brillant qu’un rubis et qu’un prêtre chercha toute sa vie dans la jungle du Paraguay, ou encore le Catoblépas, évoqué par Flaubert dans la Tentation de Saint-Antoine, dont le regard pourrait tuer s’il parvenait à relever son énorme tête accrochée à un cou atrophié.

Au final, on s’étonnera comme Borges que parmi les combinaisons infinies qu’offre la nature pour créer des animaux hybrides, l’esprit humain n’en ait sélectionné que quelques-unes. Il existe des créatures mi-homme mi-cheval et mi-lion mi-aigle, et « ainsi nous pourrions produire un nombre indéfini de monstres, combinaisons de poissons, d’oiseau et de reptile, sans autre limite que la lassitude ou le dégoût. Cela pourtant n’arrive pas. (…) La zoologie des songes et plus pauvre que la zoologie de Dieu. » Pourquoi, à l’inverse, la figure du dragon traverse-t-elle les époques, les continents et les civilisations ? Borges n’a évidemment pas de réponse mais son recueil ouvre un nombre infini de portes et devrait être un ouvrage indispensable dans la bibliothèque de quiconque s’intéresse aux mythes et légendes du monde entier.

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Le griffon de l’en-tête provient d’un bestiaire médiéval conservé par la BNF. Je vous conseille le passionnant The Medieval Bestiary, site canadien qui compile et commente un nombre très important d’illustrations issues de ce genre d’ouvrages.

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