La Vénus à la fourrure de Leopold von Sacher-Masoch

Photo-du-film-LA-VÉNUS-À-LA-FOURRURE

Sortez les fouets et les cordes, le billet d’aujourd’hui va faire mal. Ou va vous faire du bien, selon vos penchants. Avez-vous déjà rêvé d’être ligoté aux pieds d’une femme-déesse prête à faire de vous tout ce dont elle a envie ? Pas moi, mais cela ne m’a pas empêché d’apprécier la Vénus à la fourrure, court roman qui se présente comme le catalogue des fantasmes de Sacher-Masoch et qui a largement contribué à définir ce qu’est le masochisme.

La déesse s’appelle ici Wanda. Séverin, notre narrateur, la rencontre par hasard dans un hôtel est est aussitôt fasciné par sa beauté de marbre. Elle sera sa Vénus, archétype de la femme cruelle et égoïste qui domine ses amants et ne se veut guidée que par le plaisir de ses sens. Wanda hésite pour commencer, mais comprend bien vite que jouer à la dominatrice sera le seul moyen de garder auprès d’elle l’homme dont le charme l’a troublée. Les deux amants signent un contrat stipulant que Séverin devient l’esclave de Wanda, qui obtient droit de vie et de mort sur lui, qui devra se faire passer pour son valet afin de rendre son humiliation plus grande. La seule contrepartie : elle devra porter, le plus souvent possible, des fourrures pour stimuler l’imaginaire sexuel de son esclave.

couv-LVALFLa réputation sulfureuse de la Vénus à la fourrure dissimule encore trop souvent son grand intérêt littéraire. Si le roman est ponctué de scènes érotiques qui voient Séverin s’humilier de plus en plus douloureusement devant sa Vénus, scènes qui grâce à un humour certain parviennent d’ailleurs à dégager un charme électrisant, il n’a pourtant rien de ces livres qu’on ne lit que d’une main. Sacher-Masoch initie surtout une réflexion sur l’obstacle que constitue la culture face à nos inclinations naturelles. Ecrasé par le poids du puritanisme protestant, il idéalise le paganisme grec ou romain, qui au lieu de proposer une image virginale de la femme la fait multiple, dangereuse, et ouvre la porte à tous les aspects du désir.

Point de discours progressiste pour autant : rendre la femme maîtresse n’est pas l’émanciper. La mysoginie de Sacher-Masoch est évidente puisque pour lui, un couple ne peut se fonder sur l’égalité des amants : il faut être « soit le marteau, soit l’enclume » – encore que cette nécessité soit culturelle, le narrateur précisant que « lorsqu’elle lui sera égale en droits, quand elle le vaudra par l’éducation et le travail », la femme pourra devenir la compagne de l’homme, sans que l’un ait à être l’esclave et l’autre le tyran. Perspective évoquée rapidement et qui n’occulte pas la place ambiguë donnée à Wanda dans le roman, qui ne se fait tyran que pour satisfaire les fantasmes de son amant, et dont la duplicité fait question tout au long de l’histoire : joue-t-elle l’ingénue pour mieux prendre l’homme dans sa toile, ou est-ce le rôle de tyran qui lui demande un effort ? La clé du caractère de Wanda, toujours envisagée par le regard du narrateur, n’est jamais donnée. Il fait de la Vénus à la fourrure un étonnant jeu de faux-semblants qui mérite qu’on s’y penche… au risque d’en ressortir troublé.

platypus fullplatypus fullplatypus fullplatypus fullplatypus gray

Challenge-classiqueCe billet est publié dans le cadre du challenge « un classique par mois » de Stephie. Pensez à visiter son blog et ceux des autres contributeurs du défi !
Sur le même thème :

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *