La Vraie Vie de Kevin de Baptiste Rossi

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C’est la rentrée à la télé aussi ; on commence à entendre parler du retour de Koh-Lanta après un hiatus dû à la mort d’un candidat, certains font des pronostics sur le futur vainqueur de Secret Story, et il y a sans doute tout un tas de nouveaux concepts de télé-réalité en embuscade, prêts à nous surprendre par leur aptitude toujours renouvelée à transformer les gens les plus banals en bêtes de foire. Il se pourrait même qu’on en regarde quelques minutes par-ci, par-là, à la sauvette, car même si on sait bien la télé-réalité fait appel à ce qu’il y a de pire en nous, quand on tombe sur une violente querelle entre Brandon et Keelyan, on a tendance à traîner un peu histoire de voir si l’un des deux va se prendre un transat dans la tronche… On ne s’en vantera pas, bien sûr.

Mais si demain nous était proposée une émission d’un genre nouveau, dans laquelle tous les actes du quotidien d’une poignée de personnes étaient soumis à nos désirs par le biais de votes par SMS, nul doute que la lutte entre notre sens de la dignité humaine et nos bas instincts serait acharnée. C’est le concept d’émission imaginé par Baptiste Rossi dans la Vraie Vie de Kevin : un ado lambda, Kevin Mouche, est repéré par un producteur plutôt véreux. Deux heures par jour, toutes ses actions seront contrôlées par le public.

vraie-vie-de-kevin-rossiCa commence gentiment : que va mettre Kevin pour aller au collège ? Quel jeu vidéo va-t-il choisir au magasin ? Va-t-il aller traîner au supermarché avec ses copains ou rentrer chez lui pour regarder la télé ? Evidemment, à mesure que son entourage cherche à se mettre en valeur pour toucher du doigt la célébrité et que les choix se font plus importants – qui Kevin va-t-il draguer ? Doit-elle accepter ? Quels actes sexuels vont-ils pratiquer devant la caméra ? -, l’émission se met à déraper.

La satire est assez facile tant le matériau de départ qu’est la télé-réalité est devenu au fil des années sa propre caricature. On a, de plus, vu passer nombre de critiques plus ou moins habiles de ses dispositifs, de Hunger Games au film Live ! en passant par Acide sulfurique d’Amélie Nothomb. Tout a déjà été fait, ou presque, ce qui force bien vite Baptiste Rossi à surenchérir autant que possible : le public va pousser Kevin et son entourage à l’agressivité, au meurtre, au viol… C’est un syndrome courant des premiers romans, surtout quand l’auteur est particulièrement jeune : il cherche à épater la galerie, à aller le plus loin possible ; malheureusement, avec ce sujet fort usé, il ne parvient guère à choquer. Il en est de même pour le style, plutôt alerte dans l’ensemble du roman mais qui se veut soudain virtuose lors des sessions de jeu vidéo de Kevin, symbolisant assez lourdement son besoin d’évasion vers d’autres mondes et alignant péniblement métaphores et périphrases ronflantes. Rossi a indéniablement un certain talent mais ce premier roman aurait sans doute mérité une maturation un peu plus longue.

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L’en-tête est tiré du film Live! dans lequel des candidats à un jeu télé doivent jouer à la roulette russe en direct.

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