Et rien d’autre de James Salter

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Votre attention s’il vous plaît : James Salter est de retour ! Si, si, allons, vous savez qui c’est ; c’est un des petits tours de magie classiques de la rentrée littéraire : hier personne ne le connaissait, aujourd’hui tout le monde a lu l’ensemble de son oeuvre et clame sans ciller qu’il l’a toujours considéré comme un génie, de la trempe d’Updike et de Roth. Moi-même je garde un souvenir ému de Solo Faces et de A sport and a Pastime dont j’ai lu les fiches Wikipédia avant d’écrire mon article. Et qu’un écrivain pareil n’ait pas publié de roman depuis 1979, n’est-ce pas incroyable ? Mais enfin, le voilà, à 89 ans et toutes ses dents, qui nous revient avec un des romans phares de la rentrée étrangère, dit-on : Et rien d’autre aux Editions de l’Olivier.

Réglons rapidement le compte de l’intrigue, très classique, qui suit un certain Philip Bowman de la seconde guerre mondiale jusqu’aux années 80. Philip est engagé dans la marine et participe à des opérations de grande ampleur qui mènent à la capitulation du Japon. Le retour à la vie civile est compliqué ; il reprend des études, veut devenir journaliste mais finit par se faire embaucher par une maison d’édition : pas si mal. Dans le même temps, il rencontre Vivian, qu’il épouse. Leur mariage fait long feu ; il y aura ensuite Christine, Ann, et quelques autres de passage, sans que Philip soit jamais tout à fait comblé.

rien-autre-salterEt rien d’autre est incontestablement écrit avec la maîtrise d’un écrivain qui a plus de 50 années d’expérience derrière lui. Tout en suivant chronologiquement la vie de Philip Bowman, Salter intègre par petites touches souvenirs et réflexions qui font de ce roman un texte extrêmement riche et dense. Il existe cependant un curieux décalage entre la profondeur émotionnelle du texte et le détachement extrême de Bowman, comme si celui-ci s’était trompé de roman. Les évocations de son enfance sans père ou de la mort de ses proches devraient manifestement nous amener à la compassion, mais Bowman reste un personnage de marbre. Salter nous parle de l’Amour, du Deuil, du Désir, tout cela avec des majuscules, mais Bowman semble rester étranger à tous ces sentiments plaqués sur ses données biographiques.

Il en est de même pour le style de Salter : il faudra se lever tôt pour trouver un roman aussi impeccablement écrit cette rentrée. On aura beau chercher, impossible de trouver un seul mot de trop et ce dès la première phrase, presque digne de figurer aux côtés de l’Etranger ou de la Recherche au panthéon des incipits les plus élégants : Toute la nuit, dans le noir, la mer avait défilé. Mais il s’agit d’une perfection trop sage, trop empesée, qui impressionne brièvement mais peine à atteindre une quelconque profondeur. Au bout de quelques pages seulement, on commence à s’ennuyer poliment, comme à un dîner un peu trop guindé où les convives ont certes de la culture mais pas d’esprit et dont on sort soulagé et exténué d’avoir dissimulé des bâillements pendant des heures.

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challengerl2014J’ai lu ce roman dans le cadre du Challenge 1% de la rentrée 2014 lancé par Hérisson de Délivrer des livres ; il s’agit de ma troisième participation.

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6 Comments

  1. Voilà qui m’attriste et m’inquiète parce que je me suis déjà ennuyée à relire Un bonheur parfait que je croyais avoir aimé à la 1ère lecture, mais je me suis quand même offert le dernier avec l’espoir qu’il aurait les mêmes qualités esthétiques tout en étant moins soporifique. Je compte un peu sur le thème de l’édition pour me tenir éveillée…

    • J’ai lu un article qui axait toute sa critique ou presque sur ce thème et en concluait que c’était un roman mordant et passionnant. C’était dans Libé je crois. Le hic c’est que la question de l’édition reste très secondaire en réalité, et qu’à part une ou deux anecdotes amusantes ça ne va pas très loin… Mais je ne voudrais pas t’inquiéter encore plus !

  2. Bonjour, je suis assez d’accord avec ce billet. C’est pratiquement le premier « Salter » que je lisais. Je ne peux dire que j’ai eu de l’empathie pour les personnages et au fur et à mesure, Bowman m’a paru assez antipathique. C’est bien écrit, certes mais je l’ai déjà oublié ou presque. Je l’ai envoyé à Sandrine (Yspadden), j’attends ses réactions. Bonne après-midi.

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