La Fin du vandalisme de Tom Drury

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Quelque part dans le Midwest profond se trouve le comté de Grouse, fait de petites villes dont les points névralgiques sont la boutique du barbier et le bureau du shérif, de granges égarées au milieu de champs immenses, de chemins cabossés qui ne connaissent pas les embouteillages. On ne saura pas si ce comté, semblable à des dizaines d’autres, se trouve dans le Minnesota, l’Indiana ou le Wisconsin, puisqu’il n’existe que dans les romans de Tom Drury, qui en a fait le centre de son oeuvre. Il est même, avec sa topographie, son ambiance bien particulière, presque hors du monde, le premier personnage de ce roman qui en compte plus de soixante-dix – une liste à la fin du volume permet de s’y retrouver, et ce n’est pas une mince affaire. Car si nous suivons principalement trois personnages, le shérif Dan, sa nouvelle épouse Louise et l’ex-mari de celle-ci, Tiny, le récit se brise volontiers, s’éparpille même.

fin-vandalisme-couvQuelques lignes directrices émergent cependant : d’abord, la découverte par Dan d’un enfant abandonné dans un caddie de supermarché, qui va être l’objet de toutes les attentions de la communauté. Ensuite, l’errance de Tiny, qui ne se remet pas de son divorce et cherche malhabilement à se reconstruire une vie malgré les démons de l’alcoolisme. Enfin, la campagne précédant l’élection du nouveau shérif du comté et un drame intime qui touchera Dan et Louise et poussera celle-ci à se retirer dans le camping de luxe, essentiellement fréquenté par des pêcheurs, d’une de ses proches parentes.

Mais toutes ces trames, si elles mènent souvent à des situations explosives, sont constamment désamorcées par Tom Drury qui les abandonne aussitôt qu’une résolution se profile – comme un visiteur discret qui sait se retirer lorsque sa présence devient embarrassante. Ce qui pourrait être frustrant donne en réalité lieu à une construction très habile, qui procède par glissements d’un personnage à l’autre et permet de prendre la mesure de l’immensité de l’univers élaboré par Drury. La Fin du vandalisme prend son temps, suit ses personnages sans les bousculer, même si derrière eux se profile la fin d’un monde obsolète, un monde dont les derniers feux auraient pu s’éteindre en silence si Tom Drury ne les avait pas immortalisés au dernier moment dans ce roman au charme singulier.

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