Pétronille d’Amélie Nothomb

nothomb champagne

On pourrait diviser le monde en deux catégories de personnes : ceux qui adorent Amélie Nothomb et ceux qui la détestent. Tous les ans, à la fin août, chacune de ces deux espèces pratique une drôle de parade. L’espèce des adorateurs roucoule, se répète à l’envi de petites phrases spirituelles, se rue en masse, si possible avec des vêtements excentriques, aux séances de dédicaces de l’idole. Les autres s’étranglent, font mine d’ignorer, se moquent quand même un peu, décèlent dans le synopsis – ils n’en liront pas plus – des redites, preuves qu’à être si prolifique on finit par ne plus savoir que pisser de la copie. Ce qui est positif, c’est qu’à la fin tout le monde est content : les uns ont eu l’occasion de râler, les autres ont eu leur petit plaisir de lecture annuel. Que ferait-on sans Amélie Nothomb ?

Au milieu, il reste tout de même quelques indifférents dont je fais partie. J’ai lu un certain nombre de romans d’Amélie Nothomb au lycée, car elle était très à la mode ; j’ai trouvé Hygiène de l’assassin navrant, Stupeur et tremblements réjouissant, et les sept ou huit autres qui me sont passés sous les yeux ne m’ont guère laissé de souvenirs marquants. Je me suis arrêté au Fait du prince, que j’ai trouvé particulièrement raté, et j’en serais sans doute resté là si on ne m’avait pas mis cette année Pétronille entre les mains.

nothomb pétronillePetite coïncidence de la rentrée, Amélie Nothomb, comme Eric Reinhardt dont il était question avant-hier, parle dans ce nouveau roman de sa rencontre avec une de ses lectrices, Pétronille Fanto, jeune fille anticonformiste aux airs de garçon manqué qui cherche à devenir écrivain. Séduite et intriguée par cette personnalité hors-norme, Nothomb va en faire sa compagne de beuverie – fraîchement arrivée à Paris, elle cherche justement quelqu’un qui soit digne de partager avec elle les meilleurs champagnes. Pétronille se montre largement à la hauteur et, entre deux coupettes, les deux jeunes femmes parlent littérature, politique, amour et société.

Les détracteurs demanderont en quoi les discussions de comptoir d’Amélie Nothomb peuvent bien intéresser qui que ce soit. D’une certaine manière, ils n’auront pas tort : la profondeur de pensée n’est pas le principal atout de Pétronille. J’ai même été gêné par quelques réflexions un peu à côté de la plaque sur la famille de Pétronille, des prolétaires communistes de la banlieue parisienne, avec qui Nothomb l’aristocrate va s’encanailler.  Mais Nothomb emporte le morceau grâce à son aisance inimitable et son sens de la formule qui a rarement été aussi affuté.

Certains assurent qu’elle est à peine écrivain car elle n’a pas de style – après vingt-trois romans, continuer à l’affirmer relève soit de l’ignorance la plus totale soit de la sottise la plus malveillante. Dès la première page, on retrouve le style Nothomb, qui explique à lui seul qu’elle soit suivie par des hordes d’admirateurs, ce style économe mais jamais aride, confortable mais jamais mièvre. Il n’y a certes pas de quoi se pâmer, mais lorsqu’il est, comme ici, mis au service d’un esprit extrêmement agile et d’un ton plein d’auto-dérision et d’espièglerie, il est capable de petites merveilles. Sans être un texte majeur de la rentrée, Pétronille restera pour moi un des romans les plus charmants d’Amélie Nothomb, et je suis prêt à parier qu’il en réconciliera plus d’un avec la romancière la plus adulée et la plus détestée de France…

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challengerl2014J’ai lu ce roman dans le cadre du Challenge 1% de la rentrée 2014 lancé par Hérisson de Délivrer des livres ; il s’agit de ma cinquième participation.

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9 Comments

  1. Indifférent moi aussi et bien incapable d’émettre une opinion quant à son écriture, je ne l’ai jamais lue…. C’est juste le décorum et le cirque -tant le sien que celui, inévitable des médias- autour de sa production annuelle qui m’agace.

    • Le cirque des médias est, c’est vrai, plutôt fatigant… Mais j’ai fini par apprécier Nothomb, le personnage, qui après tout ne me semble pas plus fausse que pas mal d’auteurs plus « conventionnels ».

  2. Ton premier paragraphe est tellement vrai, parole de libraire ! Moi j’aime ou je n’aime pas, cela dépend des livres, mais celui-là ne me fait pas très envie malgré ton billet, et comme je le disais, je suis un peu en panne, donc je vais attendre un peu.
    Merci !

  3. Comme toi, j’ai lu pas mal de sa production au lycée et je me suis lassée ! Tu me donnerais presque envie de renouer avec elle, le temps d’une coupette.

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