La Condition pavillonnaire de Sophie Divry

pavillons banlieue

Au fond de son âme, cependant, elle attendait un événement.
Gustave Flaubert

 « Elle », c’est aussi bien Emma, que vous connaissez évidemment, que M.A., l’héroïne de la Condition pavillonnaire. Leur destin est le même : l’ennui. L’époque a changé, pourtant : M.A. est née dans les années 1950, dans un bourg de l’Isère, et toute sa vie aura pour cadre un monde en proie aux plus grands bouleversements.

Ca commence par mai 1968, qu’elle rate de peu, trop jeune d’un an ou deux, qui prépare le terrain de ses belles années estudiantines. Avec une excitation non dissimulée, M.A. quitte le foyer familial, théâtre d’une enfance banale mais heureuse, et s’installe à Lyon où elle entame des études d’économie pour la plus grande fierté de ses parents. M.A. découvre les cafés, les copains, les discussions qui durent jusqu’au lever du jour, rencontre Chloé, son amie un peu dévergondée, rêve d’un avenir brillant, du grand amour, de Paris… Puis vient François, le premier flirt, le premier baiser, la première fois ; et tout s’enchaîne. On se marie, on trouve un boulot – lui comme assureur, elle comme secrétaire -, on déménage. Loin de Paris, mais près des parents de chacun : c’est plus pratique. La vraie vie commence.

La condition pavillonnaireMais la vraie vie n’a rien à voir avec les rêves d’M.A. La vraie vie, c’est acheter un nouveau téléviseur, se demander de quelle couleur sera le papier peint dans la chambre du premier enfant, recevoir les beaux-parents le dimanche au prix d’efforts surhumains en cuisine. Ce sera aussi la mort du désir dans le couple, la tentation d’aller voir ailleurs, les plans de licenciement.

Sophie Divry scrute toutes ces étapes d’une désespérante banalité, ne nous ménage aucune respiration, refuse toute ellipse : la Condition pavillonnaire est une lecture difficile car ce roman quasi-documentaire épouse parfaitement le rythme monotone de toute une vie semblable à des milliers d’autres, au risque d’ennuyer, souvent. La démarche, sans concessions, est cependant respectable et s’avère nécessaire : c’est au prix de cette plongée un peu morne dans le quotidien de M.A. que la fin du roman prend toute son ampleur, l’émotion éclatant lorsque M.A. voit partir ses enfants pour leurs études ou lorsqu’elle devient le témoin du vieillissement de ses proches. La Condition pavillonnaire s’avère au bout du compte être un roman intelligemment construit, même s’il m’a fallu lutter par moments pour en poursuivre la lecture.

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challengerl2014J’ai lu ce roman dans le cadre du Challenge 1% de la rentrée 2014 lancé par Hérisson de Délivrer des livres ; il s’agit de ma sixième participation : déjà 1% !

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4 Comments

  1. Personnellement je n’ai pas eu à lutter pour lire ce roman, je l’ai vraiment beaucoup aimé. Il m’a fait rire, il m’a émue et pas mal fait réfléchir. C’est pour moi pour l’instant la meilleure surprise de cette rentrée littéraire.

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