Constellation d’Adrien Bosc

piaf cerdan

Il n’y a pas de mauvais sujet. D’accord. Il n’empêche que le sujet de Constellation ne m’inspirait guère confiance. Comment dire, l’histoire des 48 passagers de l’avion dans lequel Marcel Cerdan est mort alors qu’il allait rejoindre Edith Piaf à New York, ce n’est pas vraiment que ça ne m’intéresse pas, non, mais plus exactement je m’en bats l’oeil avec un gant de boxe. Mais voilà, bêtement, je me suis lancé cette année le défi de lire les 15 nommés au Goncourt – avec celui-ci, j’en suis à quatre et je sens déjà que je vais avoir du mal à arriver au bout. Prenant mon courage à deux mains et essayant de faire abstraction de mes a priori, je me suis donc lancé dans cet assez court roman, curieux de connaître la démarche de l’auteur. Celle-ci se dessine assez rapidement puisque, loin de se focaliser sur Cerdan, Adrien Bosc s’intéresse tour à tour aux quarante-huit passagers du Constellation :

Quarante-huit personnes, autant d’agents d’incertitudes englobées dans une série de raisons innombrables, le destin est toujours une affaire de point de vue. Un avion modélisé dans lequel quarante-huit fragments d’histoires forment un monde.

Ainsi, Constellation est en quelque sorte une version miniature de la Vie mode d’emploi – Perec est d’ailleurs cité -, chaque chapitre retraçant l’histoire d’un passager jusqu’à ce dernier voyage.

UnknownOn imagine bien le travail de longue haleine qu’a dû être l’écriture de Constellation : pour chacun, Adrien Bosc a entrepris des recherches dans la presse, dans les rubriques nécrologiques, parfois auprès de proches encore vivants comme un chapitre consacré à un certain Ernest Lowenstein, essentiellement constitué d’un entretien avec son fils, nous l’apprend. Et c’est là le principal problème de Constellation : il n’est guère plus qu’une compilation de notices biographiques. Si Bosc parvient quelquefois à convaincre lorsqu’il est question d’inconnus – les zones d’ombres les entourant laissant la place à un travail d’écriture a minima -, les chapitres consacrés à des personnes connues, comme la violoniste Ginette Neveu ou le cadre de Walt Disney Kay Kamen, ressemblent à d’interminables fiches Wikipedia. Pire encore, les évocations de Cerdan et Piaf donnent l’impression de lire un numéro poussiéreux de Paris Match. Bosc a beau saupoudrer son texte de références plus ou moins érudites, de Cendrars à Gainsbourg, il s’embourbe dans cette histoire qui n’a pas grand chose à dire, et dans ce sujet qui n’en est finalement même pas un.

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challengerl2014J’ai lu ce roman dans le cadre du Challenge 1% de la rentrée 2014 lancé par Hérisson de Délivrer des livres ; il s’agit de ma huitième participation.

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8 Comments

  1. Et pourtant, on en parle beaucoup de ce roman! Moi non plus, le sujet ne me tentait pas. Je crois que je viens de lire la chronique qui me fait définitivement renoncer à cette lecture.
    Beau challenge de lire les 15 nommés au Goncourt.

  2. Pour avoir déjà goûté ton exigence, je ne suis pas étonné de la dureté de ton jugement sur ce livre pourtant adoubé dans les médias.
    L’aspect « travail universitaire » que tu soulignes est un travers que je craignais, ce qui fait que je ne m’étais pas encore précipité chez le libraire… Après ton billet, je crois que ça ne sera pas encore pour demain.

    • Je redoutais plus l’aspect « Paris Match » que « travail universitaire »… Fait extraordinaire, on trouve les deux, pourtant a priori incompatibles. Là, j’avoue que même en baissant mes exigences, c’était trop pour moi…

    • Ah, mais, je viens de lire que tu avais décidé de fermer ton blog (j’ai toujours un peu de retard…) ! C’est évidemment dommage, mais tout le monde a déjà dû te le dire – et puis c’est ta décision. Mais je voulais te dire que j’étais content de voir que tu traînes encore tes guêtres sur la blogosphère, même si ce n’est plus « que » dans les commentaires des autres 😉

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