Oona et Salinger de Frédéric Beigbeder

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Dans le titre du dernier roman de Frédéric Beigbeder, beaucoup ont surtout entendu Salinger. Certains ont trouvé que, pour l’auteur de 99 francs, il était plutôt arrogant de se mesurer à celui de l’Attrape-coeurs. D’autres n’ont pas réfléchi bien longtemps et se sont exclamés que revenir sur la vie d’un des plus célèbres ermites du XXe siècle était une idée merveilleuse.

Malgré toute l’admiration que peut porter Beigbeder à Salinger, c’est pourtant bien Oona O’Neill, me semble-t-il, qui est le sujet de ce roman qui l’a occupé pendant quatre ans. C’est elle qui a l’honneur de figurer en premier dans le titre comme dans le roman, et c’est sa vie plus que celle de Salinger qui nous sert de fil rouge. Leur histoire est d’ailleurs brève : deux ans à peine, avant que Salinger ne s’engage dans l’armée pour participer à la Libération de la France et de l’Allemagne. Pendant son absence, Oona rencontre celui qui sera son mari pendant trente-quatre ans : Charlie Chaplin.

BEIGBEDER-CLa raison pour laquelle Beigbeder a jeté son dévolu sur cette femme toujours restée dans l’ombre de son époux semble d’ailleurs, au départ, plutôt douteuse. Elle tient en peu de mots : Oona est magnétiquement séduisante. On pourrait ajouter qu’elle paraît plutôt superficielle et qu’elle est une jeune fille sans repères, plus ou moins abandonnée par son père. Beigbeder n’est pas connu pour être le moins sexiste des hommes, et le regard qu’il porte sur Oona n’a rien pour plaire : il est question d’yeux, de jambes, de fesses, de son sentiment d’insécurité vis-a-vis des hommes qui la pousse à chercher dans ses amants des pères de substitution – comme quoi on peut boire des coups au Baron et faire de la psychologie de comptoir aussi bien qu’au PMU. Le récit du bref amour d’Oona pour Salinger n’a ainsi rien de marquant, exceptées quelques formules dont on se demande comment elles ont pu passer au travers du filtre de la relecture, comme « Si la lune est ronde et jaune comme une rondelle de citron, c’est que toute la vie est un cocktail. »

La séparation des deux jeunes amants donne pourtant l’occasion à Beigbeder d’écrire des pages qui sont peut-être ses plus belles à ce jour. Pour une fois, il ne semble plus du tout être question de sa petite personne. Son nombrilisme plutôt agaçant se consume complètement dans ce chagrin d’amour fantasmé, consigné dans de très belles lettres meurtries prêtées à Salinger puis dans une dernière rencontre – après la mort de Chaplin – extrêmement touchante. C’est en soi un petit miracle que Beigbeder ait réussi, cette fois, à donner autant de souffle à d’autres vies que la sienne : on s’en contentera pour cette fois.

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challengerl2014J’ai lu ce roman dans le cadre du Challenge 1% de la rentrée 2014 lancé par Hérisson de Délivrer des livres ; il s’agit de ma treizième participation.

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