La Femme qui dit non de Gilles Martin-Chauffier

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Quand on est une jeune bourgeoise anglaise exilée dans le fin fond de la Bretagne, il faut bien trouver de quoi s’occuper. Heureusement, en 1940, ce ne sont pas les occupations qui manquent*. Une aubaine pour Marge qui commence à trouver le temps long, temps pourtant partagé entre son époux, Blaise, et son amant, Mathias, lequel a d’ailleurs trouvé le moyen de lui faire un enfant, Timmy. Sans compter sur son acariâtre belle-mère qui ne sait rien faire d’autre que la contrarier.

Ah, oui, heureusement, il y a la guerre. Blaise part à Londres, Mathias navigue dans des eaux plus troubles qui le conduiront, plus tard, à préférer l’Indochine et l’Algérie à la France. Et Marge, du coup, va s’inventer résistante.

Mise en page 1Résistante, c’est cependant un bien grand mot. Martin-Chauffier nous promet une femme qui dit non, sans doute en référence à « l’homme qui a dit non », comme on appelle parfois De Gaulle, mais il faudra se contenter d’un « non » du bout des lèvres, voire d’un « boarf ». Marge bricole, organise deux ou trois petites affaires, ne prend guère de risques. En dehors de la résistance, son hobbie, c’est d’aller au casino ; et telles que les choses nous sont présentées, on a l’impression que les deux activités présentent autant de risques et sont aussi trépidantes l’une que l’autre. Certes, il est juste de célébrer les « petits » résistants, ceux qui n’ont jamais accepté de collaborer mais n’ont pas pour autant pris le maquis, mais de là à en faire, comme ici, de véritables héros, comparés sans vergogne à ceux qui y ont laissé leur peau ou ont failli le faire, il y aurait un pas à marquer.

Surtout, pour une femme censée dire non, Marge se laisse tout de même pas mal balloter. Par ses hommes surtout. Ils ont beau apparaître plutôt veules, elle se résume essentiellement à une midinette, qui admire la musculature de son mari, la fougue au lit de son amant, et guère plus. Ajoutons à cela un style porté sur le sentimentalisme un peu bébête, qui flirte souvent avec l’indigence, comme lorsque Marge reçoit une lettre de son mari, alors à Londres, et se dit que c’est quand même trop bath d’être résistant :

Je suis descendue au jardin. Blaise s’éclatait à Londres. Ça m’a fait plaisir. Une guerre mondiale, c’était parfait pour lui qui avait tout sauf des diplômes, ces vieux passe-partout qui, soudain, n’ouvraient plus aucune porte. Mon bel époux n’était plus seulement sexy ; en héros cool, il devenait à mordre.

Gilles Martin-Chauffier relève occasionnellement le niveau en revenant sur un sujet qu’il maîtrise particulièrement, puisqu’il a écrit un essai sur la question : la Bretagne, son histoire et ses rêves d’indépendance. Malheureusement, ces considérations un peu plus fines, certains personnages revendiquant l’indépendance quand d’autres, Marge en tête, soutiennent que celle-ci n’a pas de sens, ne sauvent guère ce roman pataud auquel il vaut mieux dire non.

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* ce jeu de mot navrant n’est pas fortuit et je vous prie de m’en excuser.

challengerl2014J’ai lu ce roman dans le cadre du Challenge 1% de la rentrée 2014 lancé par Hérisson de Délivrer des livres ; il s’agit de ma vingt-et-unième participation.

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