Karpathia de Mathias Menegoz

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Quand le peuple est paisible, on ne voit pas par où le calme peut en sortir, et, quand il est en mouvement, on ne comprend pas par où le calme peut y rentrer.

Cette maxime répétée par son père, le comte Alexander Korvanyi, heureux héritier d’une vieille famille possédant d’immenses terres s’étendant tout autour de la Transylvanie, va en prendre toute la mesure au cours de l’été 1833. Fraîchement libéré de ses obligations vis-à-vis de l’armée, où il a fait une carrière remarquée, jeune époux de la ravissante autrichienne Cara Von Amprecht, il décide de rentrer sur la terre de ses ancêtres, qu’il n’a jamais vue mais qui lui paraît pleine de promesses. Il est d’ailleurs temps de reprendre en main ce territoire qui, laissé aux mains d’un intendant manifestement peu zélé, rapporte bien moins qu’il ne le devrait. La route depuis Vienne est longue et difficile, mais rien ne pourra empêcher Alexander de mener ses projets à bien…

karpathiaKarpathia commence comme un lointain cousin du En rade de Huysmans. Alexander et Cara, habitués au luxe et à l’effervescence de leur vie viennoise, ont d’abord du mal à s’adapter à leur nouvel environnement. Il n’est plus question pour eux de soirées mondaines ou d’excursions bucoliques : tout leur temps est dévoré par la gestion des domaines et la découverte de leur nouvel environnement. Mathias Menegoz nous laisse entrevoir, quelques temps, une vie morne et frileuse, faite de visites aux bergers et de pourparlers avec le pope, véritable meneur et intermédiaire entre les différents peuples qui composent l’entourage du comte Korvanyi.

Mais, puisqu’il faut bien justifier une entreprise de sept cents pages, il ne saurait être question de s’arrêter là. Avec une habileté certaine, Menegoz fait petit à petit monter son roman en puissance au fil des trois cents premières pages, au fur et à mesure que les dissensions entre les serfs Valaques, les Tziganes et autres Magyars se font jour, et que le comte découvre le lourd passé de son comitat, marqué notamment par une sanglante révolte des paysans à l’encontre d’un de ses ancêtres.

Il est certes tentant de se décourager, notamment face à des dialogues assez médiocres qui viennent plomber le rythme de cette première partie. Le meilleur est cependant à venir : l’intrigue bascule alors dans une veine épique des plus réussies, . A mesure que la révolte des serfs du comte Korvanyi monte, c’est avec elle toute l’histoire de ce petit bout de Roumanie qui bouillonne, ainsi que toutes les superstitions et légendes qui entourent les montagnes de la Transylvanie. Mathias Menegoz livre ainsi une fresque hybride, sorte d’épopée gothique soutenue par un sens du découpage qui n’est pas sans rappeler les meilleurs feuilletons du XIXe.

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challengerl2014J’ai lu ce roman dans le cadre du Challenge 1% de la rentrée 2014 lancé par Hérisson de Délivrer des livres ; il s’agit de ma vingt-deuxième participation.

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