Le Complexe d’Eden Bellwether de Benjamin Wood

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Dès la première page du Complexe d’Eden Bellwether, trois personnages meurent. Deux femmes sont déjà sans vie dans une maison au bord d’une rivière, tandis qu’Eden agonise sur la berge. Quatre autres personnages, au milieu, attendent les bras ballants et le souffle court que la police et les ambulanciers fassent leur travail.

On sait au moins à quoi s’en tenir. D’emblée, on se doute que le gentil roman de campus qui démarre ensuite et dans lequel Oscar Lowe, jeune héros aide-soignant de son état, tombe amoureux de la radieuse Iris Bellwether, étudiante en médecine dans un prestigieux college, va devoir suivre des chemins tortueux pour en arriver à ce final sanglant.  Aucun risque d’être déçu : des voies de traverses, des fausses pistes et des virages brutaux, Benjamin Wood en a plus d’un sous le coude.

lecomplexededenbellwether02ii-hd-572098Car Oscar ignore, lorsqu’il rencontre Iris, la relation extrêmement forte qu’elle entretient avec son frère Eden. Brillant dans ses études, musicien exceptionnel, ombrageux, imprévisible, celui-ci exerce sur elle et leur poignée d’amis proches une fascination sans pareille.

Pas ébranlé pour autant, Oscar décortique peu à peu les mécanismes qui font presque de ce groupe une secte, et d’Eden un gourou. Celui-ci, convaincu depuis le plus jeune âge d’être doté de dons qui lui permettent, par la musique, de soigner toutes les blessures, a tous les traits du narcissique maladif. Pour aider Iris et ses amis à se dégager de son emprise, Oscar va faire appel à Herbert Crest, vieil ami d’un de ses patients et psychologue reconnu.

Si la trame du Complexe d’Eden Bellwether est si longue à résumer, c’est que Benjamin Wood l’a ingénieusement polie, étudiée sous tous les angles, jusqu’à obtenir une machine redoutable dans laquelle aucun rivet ne saurait être supprimé sans compromettre dangereusement l’ensemble. Si l’exposition pourra éventuellement sembler tirer en longueur malgré les sommets que son les premières scènes de « guérison », qui font sentir le souffle et le tumulte de l’orgue dont joue Eden, l’entrée en scène d’Herbert Crest précipite l’action du roman en même temps qu’il lui donne toute sa profondeur. Car la présence placide et hiératique de ce vieillard au milieu de ce tourbillon n’est due qu’à une chose : son besoin viscéral, presque enfantin, de croire encore à un avenir. Lui qui lutte contre une tumeur au cerveau, est prêt à mettre de côté des décennies de scepticisme pourvu qu’Eden lui apporte, sinon la guérison, du moins une dernière lampée d’espoir.

C’est finalement, une fois que sont balayés tous les masques d’Eden, ce qui reste du Complexe d’Eden Bellwether : un saisissant discours sur le réflexe de défense qu’est la foi. A doses plus ou moins fortes selon les individus, la douleur et l’inquiétude finiront toujours par vaincre la raison ; reste alors l’espoir. Est-ce un bien ou un mal ? Benjamin Wood ne semble pas trancher. On fera du Complexe d’Eden Bellwether une lecture plus ou moins lumineuse selon ce que l’on croit : c’est là aussi sa force. Reste que, selon les mots d’Herbert Crest :

Ma théorie est que l’espoir est une forme de folie. Une folie bénigne, certes, mais une folie tout de même. En tant que superstition irrationnelle, miroirs brisés et compagnie, l’espoir ne se fonde sur aucune espèce de logique, ce n’est qu’un optimisme débridé dont le seul fondement est la foi en des phénomènes qui échappent à notre contrôle.

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challengerl2014J’ai lu ce roman dans le cadre du Challenge 1% de la rentrée 2014 lancé par Hérisson de Délivrer des livres ; il s’agit de ma vingt-troisième participation.

Blog_LogoRentreeLitteraire2014_03Il m’a été offert dans le cadre des Matchs de la Rentrée Littéraire : merci à leurs organisateurs et aux blogueuses associées pour cette découverte !

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6 Comments

  1. Un superbe premier roman, n’est-ce-pas? Et le second est annoncé l’an prochain en Angleterre. La trame me paraît elle aussi intéressante. J’ai le « fol espoir » d’une autre bonne lecture.

    • Mine de rien, et en dépit du rythme de thriller – ou presque -, c’est assez dense : je crois qu’une deuxième lecture ne me ferait pas de mal non plus !

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