Mécanismes de survie en milieu hostile d’Olivia Rosenthal

marais glacé de cocyte - gustave doré

Les faits ne se contentent pas d’arriver, ils reviennent. Qu’on les accepte ou non, ils sont plus insistants et plus entêtés que les stratagèmes qu’on invente pour les éviter. Ecrire fait partie de ces stratagèmes. On croit contrôler, répartir, organiser et tenir le réel sous sa coupe et la plupart du temps on se laisse déborder.

C’est sur cette note d’intention qui sonne comme un avertissement que s’ouvre Mécanismes de survie en milieu hostile. Le fait qui va revenir tout au long des cinq chapitres qui composent le roman est de ceux que quiconque voudrait tenir à distance et oublier par tous les moyens possibles : la disparition d’une soeur. Par l’écriture, Olivia Rosenthal cherche à l’enrober, le voiler, l’occulter si possible. C’est précisément ce travail qui rend l’évènement plus insoutenable encore.

ROSENTHAL Olivia COUV Mecanismes de survie en milieu hostileSans réelle continuité entre eux, les cinq chapitres deMécanismes de survie en milieu hostile recomposent à chaque fois les sentiments liés au deuil, de l’angoisse à la colère, et les transportent sur un plan onirique, presque abstrait. Les personnages sont des archétypes plus que des êtres de chair : on croisera une inquiétante sentinelle, le chasseur d’une partie de cache-cache dont on ignore si elle est un jeu ou une bataille féroce ou encore un intrus qui semble chercher à faire resurgir les souvenirs de la disparue dans la maison où la narratrice attend seule le retour de ses parents.

Ces récits tout droit sortis des limbes dialoguent avec des exposés médicaux sur les expériences de mort imminente ou les différentes vagues d’insectes qui viennent se délecter, l’une après l’autre, des cadavres qui se putréfient. Se heurtant violemment à la poésie du roman, ces extraits crus et objectifs en font ressortir la noirceur et rendent plus troublante encore son ambiance nébuleuse, toute en allusions et en demi-mots. Saisissant et énigmatique, Mécanismes de survie en milieu hostile fonctionne ainsi comme une sorte de test de Roschach littéraire : derrière les mots comme dans les taches d’encre s’ouvre un abîme où l’on se projette jusqu’au vertige, et d’où l’on voit sortir des formes que l’on pensait enfouies.

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challengerl2014J’ai lu ce roman dans le cadre du Challenge 1% de la rentrée 2014 lancé par Hérisson de Délivrer des livres ; il s’agit de ma vingt-quatrième participation : j’atteins donc les 4% !

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4 Comments

  1. J’aime bien chez Rosenthal cette alternance de récit et de paragraphes « techniques ». Pour celui-ci, il faut effectivement aller chercher le sens derrière cette barrière onirique. Pas simple mais tellement plus gratifiant pour le lecteur.

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