Excelsior d’Olivier Py

ujin lee

Mais est-ce que les tombes ne sont pas toujours fausses, qu’elles soient en marbre ou en carton ? Les tombes essayent de donner une idée de la mort, plus exactement essayent de faire de la mort une idée, elles idéalisent le cycle de la décomposition et schématisent les monstruosités cadavériques, les cimetières nous apprennent que la mort est tout sauf naturelle. Il le savait déjà du désir sexuel qui n’est qu’une littérature répétitive, mais c’est le calme du couple main dans la main cherchant à déchiffrer les noms effacés qui lui apprend que la mort est aussi une invention des lettres. On ne meurt pas à la lettre pas plus que la lettre ne meurt, on a créé un monde de rimes pour que la mort soit quelque chose et non pas un corps inerte, un corps décomposé, un corps exsangue. La mort n’est ni silencieuse, ni noire ni prédatrice ni ricanante, le deuil est tout cela, et le deuil est ce que nous connaissons de la mort dans le prisme désemparé de la littérature.

Ouf. Rien que ça. Ce que ça peut inspirer, tout de même, la vue d’un cimetière dans une maison hantée de fête foraine. C’est impressionnant. On aurait besoin de respirer un coup, après ça, mais non, il nous reste à passer dans la salle des enfers, ressortir devant un manège qui clignote et klaxonne, des gens qui hurlent dans un grand huit, et enfin on pourra accompagner deux personnages dans un café. Mais qu’on ne s’attende pas à ce qu’Excelsior reprenne le fil d’une narration plus classique : pour chacun de ces éléments, même le plus insignifiant, Olivier Py a une réflexion philosophico-artistique à faire.

excelsior pyExcelsior (« le très haut, le plus haut », rappelle la quatrième de couverture) est découpé en huit scènes, au coeur desquelles s’agite toujours un homme en recherche d’absolu. La première présente un célèbre architecte contraint de faire un discours devant de riches philanthropes qu’il exècre. Les suivants pourraient être ce même homme, en fuite, ou d’autres. Peu importe. Ils ne sont que des prétextes à une logorrhée des plus déplaisantes.

On a souvent reproché au théâtre d’Olivier Py d’être sentencieux, prétentieux, exagérément verbeux. Je le trouve, pour ma part, flamboyant et extrêmement fécond. J’aime Olivier Py comme dramaturge, et par dessus-tout j’aime Olivier Py comme metteur en scène, son Soulier de satin restant un de mes plus grands souvenirs de théâtre. Mais ici, Py semble presque faire exprès de concentrer tous ses défauts, et je ne peux que me ranger du côté de ses détracteurs. Qu’est-ce que c’est que ce roman pseudo-philosophique, qui ne fait qu’enfiler des perles et enfoncer des portes ouvertes ? Où sont passés le rire, l’auto-dérision et la sensualité des pièces, contrepoints qui assuraient leur équilibre ? Ne restent qu’un lyrisme empesé et des réflexions sur les rapports de la société à l’art aussi bourgeoises que ce qu’elles dénoncent. Py visait haut, et la chute n’en est que plus dure. Comme quoi, Oscar Wilde n’avait pas forcément raison quand il disait qu’il faut « toujours viser la lune, car même en cas d’échec on atterrit dans les étoiles ».

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challengerl2014J’ai lu ce roman dans le cadre du Challenge 1% de la rentrée 2014 lancé par Hérisson de Délivrer des livres ; il s’agit de ma vingt-septième participation.

L’illustration d’en-tête est une photographie d’Ujin Lee.

 

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