Huit romans pour 2014

platypus d'or

Une nouvelle année de lectures est derrière nous, et il est temps pour moi, comme pour tant d’autres de mes camarades blogueurs, d’en faire le bilan. Si l’année a été excellente en termes personnels, ce fut en revanche une année décevante en ce qui concerne mes lectures. La rentrée littéraire, notamment, m’a paru d’une fadeur exceptionnelle – mais ma décision de lire l’intégralité de la sélection Goncourt n’y est sans doute pas pour rien. Par ailleurs, mon rythme de lecture a été moins soutenu que l’année dernière puisque je n’ai lu « que » 92 (dont 83 ont eu droit à un article) livres contre 166 en 2013. Il faut dire qu’en 2014 j’ai passé – et obtenu – un concours pas franchement facile qui m’a demandé beaucoup de travail, et que je me suis offert ensuite beaucoup de repos… Tout ceci explique que, là où j’avais retenu dix romans en 2013, ils ne soient que huit cette année à trouver leur place dans le palmarès. Espérons que 2015, que je vous souhaite excellente, nous apporte de meilleures surprises !

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8. En finir avec Eddy Bellegueule d’Edouard Louis. Un des romans les plus abondamment discutés de cette année. Porté aux nues par certains, traîné dans la boue par d’autres, il reste une expérience-choc et un commentaire sociologique aussi pénible à entendre qu’il est nécessaire.

7. Le Complexe d’Eden Bellwether de Benjawin Wood. Un premier roman diabolique qui se joue du lecteur et ausculte la fine frontière qui sépare génie et folie, et espoir et illusion.

6. Le Soleil de Jean-Hubert Gailliot. De Mykonos aux Canaries, une course-poursuite sensuelle et érudite à la recherche d’un mystérieux manuscrit qui aurait annoncé toutes les avant-gardes du XXe siècle.

5. Le Royaume d’Emmanuel Carrère. Le seul roman de ce classement qui n’a pas eu son billet sur le blog. Au moment où je l’ai lu, tout le monde en parlait : son absence dans la liste Goncourt, le prétendu nombrilisme de Carrère, les libertés prises avec l’histoire… Jusqu’à saturation. Du coup j’ai préféré le savourer seul dans mon coin, conscient de toute façon que s’il me parlait autant, c’est parce qu’il évoque à la fois un petit bout d’histoire qui me fascine – ce moment où une poignée de pauvres hères ont réussi à faire naître ce qui allait devenir la religion la plus puissante du monde – et des questions auxquelles je cherche toujours des réponses, notamment une des plus importantes : pourquoi croit-on ?

4. La Ligne des glaces d’Emmanuel Ruben. Pour son troisième roman, Emmanuel Ruben imagine une fable politique complexe dans un pays balte fantasmé. Une danse avec les fantômes qui nourrit une réflexion passionnante sur la notion d’identité nationale.

3. La Peau de l’ours de Joy Sorman. Dans la peau d’un ours doué de raison, une exploration des moeurs humaines au fil des siècles. Avec, au bout du chemin, une troublante morale qui fait de l’animal enfermé – dans une cage ou dans un zoo – une image de l’oppression des femmes.

2. Tristesse de la terre d’Eric Vuillard. Des cowboys, des Indiens, et l’histoire la plus vieille du monde : comment les plus forts dominent et avilissent les plus faibles.

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1. Le Désordre Azerty d’Eric Chevillard. C’est presque injuste pour les autres : dès le 8 janvier, j’ai su qu’il serait presque impossible de trouver un autre premier pour cette liste de fin d’année. Et ce n’est même pas un roman. Mais voilà, ni Vuillard, ni Sorman, ni même Carrère n’y peuvent quoi que ce soit : il n’y a qu’un seul Eric Chevillard, et son abécédaire littéraire est inégalable.

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Dans la foulée, distribuons les bonnets d’ânes : il reviennent cette année à David Foenkinos pour Charlotte (par ailleurs l’article le plus lu parmi les romans de 2014) et surtout à Benoît Duteurtre pour l’Ordinateur du paradis.

Voilà pour les romans de 2014… Mais le tableau ne serait pas complet sans un petit coup d’oeil dans le rétro puisque parmi mes coups de coeur de l’année se trouvent également quelques classiques, comme Eugène Onéguine, le roman en vers de Pouchkine, ou Trois hommes dans un bateau (sans oublier le chien) de Jerome K. Jerome, certainement le roman le plus drôle que j’aie lu cette année. Plus près de nous, j’ai enfin découvert l’Homme qui savait la langue des serpents d’Andrus Kivirähk (et je ne m’en suis pas encore tout à fait remis), et relu Karoo de Steve Tesich, définitivement un classique de notre temps.

De votre côté vous avez été particulièrement intéressés par les romans de la rentrée : Tristesse de la terre, L’Amour et les forêts, La Ligne des glaces, Comment être quelqu’un et Ici commence la nuit ont compté parmi les articles les plus lus sur le blog, aux côtés d’un seul roman de 2013, Manger de Marie-Odile Beauvais. Mais les premières places sont toutes occupées par des classiques : la faute sans doute aux lycéens qui sèchent sur leurs devoirs de français, puisque je ne compte plus les requêtes du genre « La Duchesse de Langeais analyse », « Ferragus commentaire » ou « Le Voleur d’enfants Supervielle résumé ». Pas sûr que ce que j’en disais les ait aidés…

Merci à tous ceux qui sont passés par ici en 2014, et rendez-vous dans le courant de la semaine pour la première lecture de 2015 !

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12 Comments

  1. De mon côté je ne fais pas de bilan par peur du ridicule, parce qu’avec un blog que j’ai ouvert en septembre et sur lequel j’ai été en pause la moitié du temps, ce ne serait pas brillant. Mais j’ai deux livres en commun avec toi : Eddy Bellegueule lu avant le blog mais dont je faisais partie des défenseurs et Tristesse de la terre qui est pour l’instant mon préféré de cette rentrée (ex-aequo avec La condition pavillonnaire). Ca me fait rire que ce soit la sélection du Goncourt qui t’ait conduit à des lectures décevantes. Comme quoi il vaut toujours mieux faire ses sélections soi-même. Et félicitations Bibplatypus !

    • Merci !
      Pour nuancer, c’est aussi la liste Goncourt qui m’a mené vers la Ligne des glaces, que je n’aurais sans doute pas lu sans ce petit coup de pouce !
      Et vivement janvier 2016, alors, pour qu’on puisse découvrir ton premier bilan annuel 😉

  2. Merci pour ce récapitulatif! Maintenant que tu as débroussaillé le terrain, je sais mieux vers quoi me tourner! Il y en a plusieurs qui me font de l’œil. Plein de bises.

  3. Je suis hyper contente de te lire de nouveau. Je suis ravie des changements que tu as pu décrocher en 2014. Et maintenant, on te veut plus régulier ici 🙂 Bonne année mon Platy 😉

    • Bonne année à toi aussi 🙂 Être plus régulier, ce sera ma résolution de 2015 : plus de trous de trois semaines ou un mois… Et aussi, être beaucoup plus assidu sur les blogs des copains, parce que j’ai beaucoup de mal d’habitude !

  4. J’ai donc encore trois ou quatre livres à découvrir. Bravo pour concours obtenu et j’espère que 2015 t’apportera de bonnes lectures mais aussi d’autres réussites, bonheur et santé.

    • Merci !
      Je te souhaite à toi aussi une très bonne année, qu’elle t’apporte tout ce que tu peux souhaiter (en plus d’une PAL un peu moins envahissante) 😉

  5. Chez Zulma j’ai préféré L’île du Point Nemo de (JM blas de Roblès) et vraiment, Chevillard, il faut que je m’y remette !

    • Je dois avouer n’avoir encore jamais lu Blas de Roblès. Je voulais combler cette lacune mais je pensais commencer par Là où les tigres sont chez eux…

  6. Bravo pour le concours, professeur Platypus 😉 Et je suis ravie que tu aies lu « l’homme qui savait la langue des serpents », que j’ai adoré et que peu de gens ont lu.

  7. Je te souhaite une année 2015 plus riche en coups de coeur ! Je me note le Benjamin Wood et je te suis sur Vuillard.

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