L’échange des princesses de Chantal Thomas

Louis XV et Marie Anne Victoire Infante d'Espagne

1722. Dans son bain, le régent Philippe d’Orléans, tuteur du jeune Louis XV, a une idée de génie pour rapprocher le royaume de France de celui d’Espagne, dirigé par Philippe V : un double mariage qui unira définitivement les destinées des deux pays. L’infante d’Espagne, Anna Maria Victoria, épousera Louis XV tandis que le duc d’Orléans offrira sa propre fille, la princesse de Montpensier, au fils de Philippe V. Celui-ci, enthousiaste, accepte. On échangera les princesses à la frontière, au pied des Pyrénées. Une fois leur consentement arraché par la ruse ou la force, elles quitteront immédiatement leur cour natale pour se rendre dans le pays de leur futur époux.

550813-echange-des-princesses-sans-bandeauComme c’est souvent le cas, ce morceau d’Histoire de l’Ancien Régime offre sur un plateau une matière romanesque des plus prometteuses. Invraisemblable et pourtant parfaitement authentique, ce troc qui fait des deux princesses – la plus jeune, l’Infante, a quatre ans – et des deux futurs rois de simples pions de la politique internationale est le point de départ rêvé pour un roman mêlant intrigues de cour et abîmes psychologiques.

Et pourtant, Chantal Thomas s’englue dès les premières pages dans cette histoire dont elle ne tire finalement rien. S’il n’y avait que le style, lourd et pataud, qui pêchait, peut-être pourrait-on sauver l’Echange des princesses. Mais la capacité de Chantal Thomas à passer à côté des enjeux psychologiques finit par ressembler à de l’obstination. Peut-être est-ce lié à sa formation d’historienne, mais elle semble rechigner à examiner en profondeur les dommages – pourtant apparents à la surface, surtout dans le cas de la princesse de Montpensier, malade à en crever – causés sur ces jeunes personnes par le petit jeu de leurs parents. On le devine bien, mais elle préfère se contenter de remarques anodines et falotes sur le physique de tel petit marquis, la réputation sulfureuse de tel conseiller du roi… Tout cela ressemble plus à un épisode de Secrets d’histoire qu’à un grand roman historique. En conséquence, les 300 pages du roman, plates, superficielles et convenues, semblent ne jamais vouloir se terminer. Un beau gâchis.

platypus fullplatypus grayplatypus grayplatypus grayplatypus gray

Sur le même thème :

2 Comments

    • La plupart des réactions que j’ai lues étaient positives… Mais en effet, le regard de l’historien n’est souvent pas très compatible avec le domaine de la fiction.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *